Risques, fréquence, effets… Tout savoir sur le retour du phénomène El Nino

Risques, fréquence, effets… Tout savoir sur le retour du phénomène El Niño

Sécheresses en Afrique, inondations en Amérique du Sud, températures records partout : le phénomène El Niño revient au cœur des préoccupations météorologiques. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a annoncé le 2 juin 2026 qu’il y avait 80 % de chances qu’un épisode d’El Niño se produise entre juin et août de cette année, augmentant ainsi le risque d’événements météorologiques extrêmes.

L’OMM a développé des outils permettant d’anticiper un épisode d’El Niño jusqu’à six mois à l’avance. Cette capacité repose sur des satellites du programme Jason, qui ment en temps réel la hauteur et la température des océans, ainsi qu’un réseau de bouées météorologiques dans le Pacifique. C’est sur cette base que l’alerte a été émise.

El Niño, c’est quoi exactement ?

Ce phénomène commence dans le Pacifique. En temps normal, des vents tropicaux, appelés alizés, soufflent d’est en ouest, poussant les eaux chaudes de surface vers l’Indonésie et l’Australie. Du côté du Pérou, des eaux froides et riches en nutriments remontent des profondeurs, profitant aux pêcheurs de la région. Cependant, certaines années, ces alizés s’affaiblissent, permettant aux eaux chaudes de déborder vers l’est et de réchauffer la surface du Pacifique équatorial, près des côtes sud-américaines. Ce phénomène, connu sous le nom d’El Niño, représente une anomalie thermique de 4 à 6 °C au-dessus de la moyenne, perturbant ainsi la mécanique atmosphérique mondiale.

Quelles sont les conséquences pour la planète ?

El Niño accentue les sécheresses dans certaines régions. L’Australie, l’Indonésie, le Sahel, l’Afrique du Sud, ainsi qu’une partie de l’Asie du Sud-Est et le nord de l’Amérique du Sud, voient leurs pluies se raréfier, ce qui fragilise leur sécurité alimentaire. Lors de l’épisode de 2015-2016, au moins 3,5 millions de personnes avaient besoin d’une assistance humanitaire, selon l’Organisation mondiale de l’alimentation (FAO). En 2023-2024, la baisse des précipitations au Panama a affecté le niveau du canal, perturbant le commerce maritime mondial.

D’autre part, certaines régions subissent des pluies excessives. Le Pacifique équatorial, le sud des États-Unis et la Corne de l’Afrique reçoivent des précipitations bien supérieures à la normale, entraînant inondations et glissements de terrain. En 1997-1998, plus de 250 cm de pluie sont tombés en six mois en Équateur et au nord du Pérou, provoquant une crise pour les pêcheurs locaux.

El Niño revient-il plus souvent ?

Les scientifiques s’interrogent sur la fréquence de ce phénomène. Bien qu’El Niño soit un phénomène naturel ancien, observé depuis 130 000 ans dans des coraux fossiles, son rythme naturel est connu pour être de deux à sept ans, durant de neuf à dix-huit mois. À ce jour, il n’existe pas de consensus sur une augmentation de sa fréquence ou intensité en raison du réchauffement climatique. Toutefois, le changement climatique contribue à réchauffer les océans, amplifiant ainsi les effets d’El Niño.

Chaque épisode se superpose à une planète déjà plus chaude. Selon Robert Vautard, coprésident du GIEC, « El Niño s’ajoute au changement climatique et peut entraîner des températures supérieures à la moyenne d’environ 0,1 à 0,2 °C, ce qui va créer des événements extrêmes. »

La France et l’Europe sont-elles concernées ?

La France et l’Europe ne sont pas directement touchées, mais elles ne sont pas totalement épargnées. El Niño influence l’Europe par des « télé-corrélations », qui sont des interactions atmosphériques à très longue distance. En général, les années El Niño entraînent des automnes plus humides et des hivers plus froids et secs en Europe du Nord. Dans le bassin méditerranéen, on observe une légère hausse des précipitations automnales d’environ 10 % l’année précédant le phénomène, selon des recherches climatologiques.

Source : Organisation météorologique mondiale (OMM)

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