Panama, Pérou, Indonésie… Comment le monde s’adapte au phénomène El Nino

El Niño : le monde s’adapte à un phénomène climatique de plus en plus intense

Le phénomène climatique El Niño pourrait atteindre cette année son intensité la plus forte depuis plus d’un siècle, selon des experts du Met Office, l’agence météorologique du Royaume-Uni. Ce réchauffement périodique des eaux du Pacifique équatorial entraîne des bouleversements dans les régimes de pluie à l’échelle mondiale, provoquant sécheresses et inondations. Face à cette situation, gouvernements, agriculteurs et entreprises mettent en place des stratégies d’adaptation.

Le Panama réduit le trafic des navires

Le canal de Panama, qui représente près de 5 % du commerce maritime mondial, prévoit de limiter son trafic dès septembre. Le nombre de navires autorisés à passer chaque jour sera réduit de 36 à 34, puis à 32 à partir du 15 septembre, en raison de la baisse des précipitations menaçant le niveau des lacs artificiels nécessaires au fonctionnement des écluses. En 2023, un épisode El Niño avait déjà contraint l’Autorité du canal à réduire ses passages quotidiens de 38 à 22, entraînant des retards pour les compagnies maritimes. Pour faire face à ce risque, le Panama explore des solutions durables, telles que la recherche de nouvelles sources d’eau.

En Nouvelle-Calédonie, les agriculteurs avancent leurs plantations

Dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, des agriculteurs ont semé leur maïs dès mai, un mois plus tôt que d’habitude, pour anticiper la sécheresse attendue en fin d’année. D’autres réduisent la densité de leur cheptel pour économiser les pâturages, alors que Météo France prévoit un déficit de pluie pouvant atteindre 40 % entre septembre et décembre. Une campagne de sensibilisation a été lancée pour encourager la constitution de réserves de fourrage et la protection des sols.

L’Indonésie tente de faire pleuvoir sur ses forêts en feu

En Indonésie, la lutte contre les incendies de forêt prend une tournure spectaculaire avec l’ensemencement des nuages. Des avions dispersent du chlorure de sodium dans l’atmosphère pour provoquer des pluies et limiter la propagation des incendies. Fin juillet, plus de 96 000 foyers d’incendie avaient été recensés, un chiffre supérieur à ceux des épisodes El Niño de 2015 et 2019. Toutefois, l’efficacité de cette méthode est limitée en saison sèche, lorsque les nuages sont rares.

Le Pérou ajuste ses quotas de pêche en temps réel

Sur les côtes péruviennes, le pays, premier producteur mondial de farine de poisson, a suspendu et prolongé sa saison de pêche à l’anchois, une espèce sensible au réchauffement des eaux. Les autorités surveillent en continu la présence de juvéniles pour ajuster les quotas de pêche. Cette flexibilité permet de préserver les stocks tout en avançant d’un mois la saison de pêche du perico, qui se développe dans les eaux réchauffées.

La Zambie et le Zimbabwe protègent leur barrage

En Afrique australe, le lac Kariba, qui alimente une grande partie de la région en électricité, fait l’objet d’une gestion concertée pour préserver ses réserves d’eau, après une crise en 2024. Le Zimbabwe prévoit également de diversifier ses sources d’énergie avec une centrale solaire flottante de 600 mégawatts.

Du canal de Panama aux rizières indonésiennes, une même stratégie s’impose : anticiper plutôt que subir. Les ajustements des calendriers et des infrastructures deviennent essentiels pour faire face à ce phénomène climatique de plus en plus intense.

Source : La Croix

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