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San Antonio (États-Unis), correspondance
Dix-huit mois auront suffi pour freiner le développement de l’éolien offshore aux États-Unis. En 2021, Joe Biden avait promis qu’à l’horizon 2030, l’éolien en mer fournirait suffisamment d’électricité pour alimenter plus de 10 millions de foyers. Cependant, dès le début de son deuxième mandat, en janvier 2025, Donald Trump a mis en place une politique visant à réduire l’impact de ces infrastructures, qualifiées de « grandes et affreuses éoliennes », et à défaire les avancées de son prédécesseur. Actuellement, l’éolien terrestre et en mer représente déjà 10 % de l’électricité du pays.
Cette aversion s’est traduite par une série de mes de l’administration Trump II, incluant le gel des nouvelles concessions en mer, le réexamen des autorisations existantes et la suspension de chantiers. En décembre 2025, l’administration a même ordonné l’arrêt de cinq grands parcs offshore en construction, invoquant des préoccupations de « sécurité nationale », notamment des interférences avec des radars.
« Le mal est déjà fait »
« C’est là toute la beauté de la stratégie de l’administration Trump II : elle a parfaitement compris comment frapper une industrie encore jeune, mais en plein essor, au moment où elle commençait à attirer des investissements, créer des emplois et renforcer le réseau électrique », affirme Barbara Kates-Garnick, professeure de politiques énergétiques à la Fletcher School de l’université Tufts (Massachusetts).
Bien que les tribunaux aient annulé plusieurs décisions de l’administration Trump, leurs interventions ont souvent été tardives et ont eu du mal à contrer une stratégie qui modifie les choix d’investissement du secteur. « Même si l’on intervient a posteriori pour déclarer le processus illégal, le mal est déjà fait. Il faudra beaucoup de temps pour que les investissements reviennent, et ils ne reviendront probablement jamais sous la même forme », estime Kates-Garnick.
En mars, avec le rachat de concessions de TotalEnergies au large de la Caroline du Nord et de l’État de New York, l’administration Trump a adopté une « stratégie beaucoup plus agressive », obligée de réinvestir ces fonds dans l’amont pétrolier et gazier, ainsi que dans les terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) et la production d’énergie, selon Lizzie Bonahoom, analyste des politiques énergétiques chez Aurora Energy Research.
Objectifs contradictoires
Cette « réorientation des capitaux » au sein des multinationales ne se limite pas à un simple soutien aux géants des hydrocarbures. En même temps, Donald Trump exige d’eux qu’ils atteignent deux objectifs contradictoires : réduire le prix du gaz aux États-Unis tout en investissant dans le GNL pour en exporter davantage.
« L’éolien en mer est l’une des rares ressources à grande échelle adaptées à ces régions »
Les actions contre l’éolien en mer mettent également en péril la sécurité et l’indépendance énergétiques de certaines régions. Plusieurs États côtiers de l’est des États-Unis avaient misé sur cette énergie pour répondre à une demande d’électricité croissante. Une étude de décembre 2025 de Charles River Associates révèle que sans l’énergie éolienne offshore, le risque de coupure de courant à New York augmenterait d’environ 25 % et que les coûts énergétiques en Nouvelle-Angleterre grimperaient de 10 %.
« Ces régions disposent d’options limitées : l’éolien en mer est l’une des rares ressources à grande échelle adaptées à leur configuration géographique. Chaque projet annulé ou abandonné représente une capacité de production dont nous serons privés au moment où nous en aurons besoin, et il n’existe pas de solution miracle pour la remplacer », souligne Hilary Bright, directrice exécutive de Turn Forward, une organisation de défense de l’éolien en mer.
La situation est d’autant plus critique que les besoins en électricité devraient exploser : les pics de consommation devraient augmenter d’environ un quart au cours de la prochaine décennie, un rythme inédit depuis 1995, selon une étude publiée en janvier par l’organisme chargé de surveiller et d’évaluer la fiabilité du réseau électrique en Amérique du Nord.
Source : Reporterre.


