Des data centers dans l’espace : la promesse intenable d’Elon Musk et Jeff Bezos
La rivalité entre Elon Musk et Sam Altman s’intensifie, s’étendant désormais à l’espace. Après des accusations de vol de secrets commerciaux entre Apple et OpenAI, Altman a rétorqué à Musk en l’accusant de vendre des centres de données spatiaux à court terme. Musk, via SpaceX, projette de déployer jusqu’à un million de satellites pour héberger des capacités de calcul en orbite, en réponse à la demande croissante d’énergie pour l’intelligence artificielle sur Terre.
SpaceX n’est pas seul dans cette course. D’autres entreprises, comme Blue Origin de Jeff Bezos, ainsi que Starcloud et Lonestar Data Holdings, poursuivent également des projets similaires. Toutefois, ces ambitions rencontrent des obstacles techniques et économiques significatifs.
Illusions spatiales
Peu d’entreprises ont réussi à lancer leurs satellites en orbite. Par exemple, le premier modèle de Starcloud, lancé en novembre 2025, me la taille d’un petit réfrigérateur, pèse 60 kg et utilise un processeur avec 80 à 94 gigaoctets de mémoire, consommant 700 watts. Bien que léger, il est conçu pour entraîner un petit modèle de langage depuis l’espace.
Starcloud affirme que l’espace présente plusieurs avantages, notamment la possibilité de réduire les coûts d’exploitation grâce à l’énergie solaire. Les infrastructures orbitales seraient également exemptes des contraintes foncières et des procédures d’autorisation terrestres. Cependant, ces promesses sont contrebalancées par des défis techniques.
L’énergie solaire, bien que disponible, nécessite des systèmes sophistiqués pour capter efficacement la lumière du soleil. En orbite basse, un satellite effectue un tour de la Terre en environ 90 minutes, passant une partie de ce temps dans l’ombre, ce qui interrompt la production d’énergie. De plus, les rayons cosmiques peuvent endommager les panneaux solaires et les circuits électroniques.
Le refroidissement des serveurs représente également un défi, car l’espace, bien que froid, ne permet pas de dissiper la chaleur de la même manière que sur Terre. Les radiateurs nécessaires pour évacuer cette chaleur doivent être de taille considérable, augmentant la complexité et le coût des installations.
Des conséquences terrestres
L’orbite terrestre est déjà encombrée, avec plus de 18 500 satellites en activité, majoritairement en orbite basse. Chaque nouvelle constellation augmente les risques de collision et contribue à la prolifération des débris spatiaux. Lors de leur rentrée dans l’atmosphère, les satellites libèrent également des particules métalliques qui peuvent nuire à la couche d’ozone.
Les mégaconstellations sont souvent autorisées sans évaluation adéquate de leurs impacts sur l’environnement. Des organisations environnementales, soutenues par l’ONG Earthjustice, demandent une étude des conséquences avant d’accorder de nouveaux permis.
Les promoteurs du secteur, comme Christopher Stott de Lonestar Data Holdings, soutiennent que les centres de données spatiaux relèvent davantage de la communication que d’une véritable avancée industrielle. Bien que Stott affirme avoir lancé quatre centres de données, ces projets se sont révélés non fonctionnels après des tests.
Conclusion
Les ambitions d’Elon Musk et Jeff Bezos de créer des centres de données spatiaux soulèvent des questions importantes sur la viabilité économique et environnementale de tels projets. En l’absence de preuves tangibles de leur faisabilité, ces initiatives pourraient n’être qu’un coup de communication dans le cadre d’une logique d’astrocapitalisme.
Source : Reporterre



