« Des cimetières marins » : les canicules ravagent aussi la vie marine

Des cimetières marins : les canicules ravagent aussi la vie marine

Imaginez : trois mois de canicule quasi ininterrompue, avec des records de température battus environ un jour sur deux. En mer, cette situation est une réalité. Depuis mai, le golfe de Gascogne, la Manche et la Méditerranée ont enregistré des températures alarmantes. Le 11 juillet, des eaux allant de la Bretagne à la côte espagnole ont atteint 23,4 °C, tandis que le 21 juillet, 28,1 °C ont été mesurés au nord-ouest de la Méditerranée. Trois jours plus tard, les eaux au sud du Royaume-Uni affichaient 19,1 °C.

Ce mois de juillet a été le plus chaud jamais enregistré en France, alerte Thibault Guinaldo, chercheur au Centre national de recherches météorologiques (CNRM). Dans le golfe de Gascogne, la température mensuelle moyenne a dépassé de 3,1 °C la normale, avec +3 °C en Méditerranée et +2,3 °C dans la Manche. Des chiffres sans précédent depuis le début des mes en 1981.

La situation n’est pas exclusive aux côtes françaises. En Californie, une intense canicule marine perturbe la vie des baleines, requins et lions de mer depuis six mois. Les données de l’Agence atmosphérique et océanique étasunienne (Noaa) indiquent que, le 25 juillet, la température de l’océan global s’élevait à 21,16 °C, un record qui n’avait été atteint qu’en 2024. Carlo Buontempo, directeur du Service Copernicus sur le changement climatique, évoque un « territoire inconnu ».

Dans les eaux françaises, la chaleur a connu quelques pauses en début juillet, grâce à des coups de mistral. Cependant, ces moments de répit sont anecdotiques au regard du temps passé au-dessus des seuils de température. Contrairement à l’air, l’eau retient la chaleur beaucoup plus efficacement, rendant la redistribution de cette chaleur difficile.

En 35 ans, le nombre de jours de vagues de chaleur marines a triplé. Cette tendance est d’autant plus préoccupante que les températures de surface avaient déjà été anormales durant l’hiver précédent. En 2025, 89 % de l’océan global a été touché par au moins une vague de chaleur marine, caractérisée par des températures parmi les 10 % les plus élevées des trente dernières années.

Le changement climatique est identifié comme le principal facteur de cette intensification. Les canicules marines, autrefois localisées, s’étendent désormais sur des zones de plus en plus larges, créant une toile d’araignée. En Méditerranée, en 2022, leurs effets ont persisté plus d’un an.

Pour les écosystèmes marins, ces épisodes représentent un choc. Les variations de température se produisent aujourd’hui sur des échelles de temps plus courtes que la capacité d’adaptation de certaines espèces. Les gorgones de Méditerranée, par exemple, sont des espèces dites « ingénieures », fournissant des refuges pour de nombreux poissons. Elles sont très sensibles à la chaleur et peuvent être décimées par les canicules marines. En 2022, des températures atteignant 30 °C ont causé des mortalités massives jusqu’à 30 mètres de profondeur.

Des études en mer d’Iroise s’interrogent sur les effets des canicules sur les laminaires, des algues formant de véritables jungles sous-marines. Leur biomasse, qui était estimée à 600 000 tonnes entre 2012 et 2018, est aujourd’hui en déclin.

À l’ouest de la Manche, les chercheurs suspectent que ces canicules ont contribué à la chute des populations de bulot. Entre août 2021 et juillet 2022, trois vagues de chaleur marines ont été observées, entraînant une baisse drastique des captures. En 2025, seulement 1 900 tonnes de bulots ont été pêchées, soit une réduction de 80 % par rapport aux niveaux d’avant 2017.

Les conséquences sur les sociétés humaines, notamment en matière de pêche et de tourisme, sont significatives. Dans les territoires d’outre-mer, le blanchissement des récifs coralliens pourrait accroître la vulnérabilité des côtes face à la montée des eaux. Pour limiter ces impacts, il est crucial d’atteindre un objectif de zéro émission nette, selon Thibault Guinaldo.

La mise en place d’aires marines protégées pourrait atténuer les effets des canicules marines. Bien qu’elles ne puissent pas réduire les températures, ces zones peuvent aider les écosystèmes à devenir plus résilients et à se rétablir plus rapidement.

Source : Reporterre.

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