Dangerosité des pesticides : la science snobée au profit des industriels

Dangerosité des pesticides : la science snobée au profit des industriels

Le glyphosate, classé cancérigène pour l’humain en 2015 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a été réautorisé en Europe pour une nouvelle période de dix ans en 2023. Parallèlement, des chercheurs alertent depuis 2018 sur les dangers des fongicides inhibiteurs de la succinate déshydrogénase (SDHI), sans que des mes réglementaires adéquates ne soient prises. Cette situation soulève des questions sur la prise en compte des connaissances scientifiques dans les décisions des agences sanitaires.

David Demortain, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), souligne que de nombreuses connaissances scientifiques sont exclues des évaluations. Une décision de la cour administrative d’appel de Paris, rendue le 3 septembre 2025, a également ordonné à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) de revoir ses autorisations de mise sur le marché des pesticides, en raison d’une prise en compte insuffisante des données scientifiques récentes, conformément au règlement européen sur les pesticides de 2009.

Études publiques rejetées

Historiquement, les agences évaluaient les produits sur la base d’études fournies par les fabricants. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) réalise une grande partie de cette évaluation. En 2021, l’association Générations futures a révélé que 92 % des études de recherche publique étaient jugées non fiables par l’Efsa, et aucune des 30 études sélectionnées n’a influencé la révision des critères de toxicité.

L’exclusion des études ne repose pas sur leur pertinence scientifique, mais plutôt sur des critères tels que la pureté des produits utilisés pour les tests. Les standards réglementaires exigent une substance très pure, difficile à obtenir en raison des secrets industriels entourant les formulations.

Des effets toxiques non reconnus

Les agences, bien qu’obligées d’élargir leur perspective depuis 2009, continuent de s’appuyer sur des standards internationaux favorables aux industriels. Cécile Michel-Caillet, ancienne salariée à l’Anses, explique que l’absence de standardisation des études fragilise les décisions, car les industriels peuvent les contester devant la Cour de justice de l’Union européenne.

Les chercheurs s’inquiètent également que les standards actuels ne reflètent pas les connaissances scientifiques contemporaines, notamment concernant les SDHI, qui montrent des mécanismes de toxicité sur les mitochondries et des effets épigénétiques cancérigènes, non reconnus par la toxicologie réglementaire.

200 substances en attente

La réglementation évolue lentement. Actuellement, environ 200 des 450 substances pesticides autorisées en Europe sont en attente d’évaluation, selon David Demortain. Ce retard profite aux industriels, qui voient leurs produits rester sur le marché malgré des questions de sécurité. De plus, la Commission européenne propose de renoncer à la réévaluation régulière des substances, exacerbant les inquiétudes sur la santé publique et l’environnement.

La nécessité d’un cadre réglementaire indépendant et d’une science rigoureuse est plus pressante que jamais, alors que les agences continuent de faire face à des critiques croissantes et à une pression politique qui pourrait compromettre leur intégrité.

Source : Reporterre

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