La transition écologique ne doit pas se faire sur le dos des plus précaires
Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, souligne que les démocraties occidentales ont longtemps reposé sur un pacte entre croissance, richesse et justice sociale, soutenu par l’abondance des ressources fossiles. Cet État providence, souvent perçu comme un modèle de prospérité, repose en réalité sur une exploitation non reconnue des ressources.
Ce modèle a permis des avancées significatives, telles que l’accès à la santé et à l’éducation, mais il est désormais confronté à des contradictions majeures. La nécessité de décarboner nos sociétés met en lumière un dilemme : maintenir l’ancien modèle risque de compromettre les fondements de la démocratie, tandis que sa transformation pourrait fragiliser l’État social construit au fil des décennies.
Fleury insiste sur la nécessité de repenser nos modèles de production et de consommation. Actuellement, nous sommes dans une phase de transition, où l’ancien système est en déclin sans que le nouveau ne soit encore pleinement opérationnel. Cette instabilité accroît les vulnérabilités, notamment pour les populations les plus précaires.
Les défis climatiques, numériques et sociaux sont déjà systémiques. Il est crucial de veiller à ce que la transition écologique ne renforce pas les inégalités existantes. L’éthique de cette transformation repose sur la préservation de la dignité humaine et sur la construction d’un nouveau contrat social qui ne soit pas simplement un héritage de l’ancien modèle.
Fleury plaide pour la création de « climats de soin », des environnements favorisant l’individuation et la solidarité. Elle souligne que l’engagement individuel doit s’accompagner d’un soutien collectif pour éviter la souffrance éthique et le ressentiment. La politique publique doit encourager cette double articulation entre l’individu et le collectif.
L’espoir réside dans notre capacité à maintenir un contrat social humaniste au sein de systèmes contraints, tout en préservant les conditions d’une démocratie inclusive.
Source : La Croix