Élection en Colombie : Abelardo de la Espriella promet une ruée vers les énergies fossiles
Bogota (Colombie), correspondance — La Colombie a récemment élu Abelardo de la Espriella, un avocat millionnaire aux liens affichés avec des figures politiques comme Donald Trump, à la présidence. Avec 49,70 % des voix, il a devancé le candidat de gauche Iván Cepeda, qui a obtenu 48,70 %. Cette élection marque un tournant significatif après quatre années de politiques environnementales ambitieuses sous le mandat de Gustavo Petro, qui ne pouvait pas se représenter.
Rosario Rojas, professeure à l’université nationale de Colombie, souligne la nécessité de défendre les acquis environnementaux des dernières années. Sous Petro, la Colombie avait pris des mes pour réduire sa dépendance aux combustibles fossiles, n’ayant signé aucun nouveau contrat d’exploitation d’hydrocarbures depuis son arrivée au pouvoir en août 2022.
De la Espriella a annoncé son intention d’inverser cette tendance, en élargissant l’exploration gazière et pétrolière. July Mendez, ingénieure environnementale, s’inquiète d’un retour à un modèle d’extractivisme alors que le monde traverse une crise climatique. Elle déclare : « De la Espriella n’a pas une seule proposition sérieuse en faveur des écosystèmes, de la biodiversité, de l’eau. C’est un retour en arrière énorme. »
L’un des points de préoccupation majeurs est la légalisation de la fracturation hydraulique, que De la Espriella a évoquée durant sa campagne. George Shapiro, membre du collectif Gardiens Amazonie, a ironisé sur le concept de “fracking durable”, affirmant qu’il n’existe pas de méthode d’extraction qui soit réellement soutenable.
Les défenseurs de l’environnement expriment des craintes quant à la possibilité d’une réduction des dépenses publiques de 40 %, ce qui pourrait menacer l’existence du ministère de l’Environnement. Martha Soto, défenseuse de l’environnement, rappelle les précédents gouvernements de droite qui ont conduit à l’exil de nombreux activistes.
La Colombie est actuellement l’un des pays les plus dangereux au monde pour les défenseurs de l’environnement, avec 48 assassinats recensés en 2024, selon l’ONG Global Witness. Les inquiétudes quant à l’application de l’accord d’Escazú, censé protéger ces défenseurs, sont également fortes.
Ainsi, la présidence d’Abelardo de la Espriella pourrait marquer un retour à des politiques pro-extractivistes, suscitant des craintes sur l’avenir environnemental et social de la Colombie.
Source : Reporterre
