Cimetière de fûts radioactifs découvert dans l’Atlantique
Nous sommes à 4 700 mètres de profondeur, dans les plaines abyssales de l’Atlantique Nord-Est. Les images d’une mission scientifique, réalisée à bord du sous-marin habité Nautile, révèlent la présence de fûts de déchets radioactifs. Patrick Chardon, ingénieur de recherche au CNRS, décrit la découverte : « On en voit un, puis deux, puis trois, puis quatre… »
Ces fûts, pour la plupart corrodés par la rouille, portent encore des marquages indiquant leur contenu. Javier Escartín, directeur de recherche au CNRS, souligne que les déchets sont entourés de matières plastiques et autres déchets récents, tandis qu’un écosystème riche en coraux et crustacés s’est développé autour.
Cette mission fait partie des campagnes de la mission Nodssum, qui vise à comprendre le comportement de la radioactivité dans l’océan profond. Entre 1946 et 1990, environ 200 000 fûts de déchets radioactifs ont été immergés par plusieurs pays européens avant que cette pratique ne soit interdite. Ces fûts ont été oubliés pendant trois décennies, sans évaluations régulières des sites.
La première campagne de Nodssum, réalisée en 2025, a permis de cartographier 3 355 fûts sur 163 km². La deuxième campagne, en mai et juin, a révélé des fûts fortement dégradés laissant échapper des substances radioactives. Des mes de radioactivité ont été effectuées, mettant en évidence des radionucléides tels que le cobalt 60 et le plutonium 239-240, ainsi que des concentrations de césium 137 et d’américium 241.
Les scientifiques ne prévoient pas de découvertes catastrophiques, précisant que le site est destiné à des déchets de très faible à faible activité. Toutefois, la présence de biodiversité autour des fûts soulève des questions sur la circulation de la radioactivité dans ces écosystèmes et ses conséquences potentielles.
Ces recherches sont cruciales, car d’autres déchets radioactifs, notamment des sous-marins nucléaires et des déchets immergés illégalement, se trouvent également dans les fonds marins. L’exploitation des nodules polymétalliques pourrait également remettre de la radioactivité en circulation dans l’océan profond.
Source : Mission Nodssum, CNRS.
