Port-la-Nouvelle : Enquête sur l’Héritage Toxique du Chlordécone
L’Institut écocitoyen en santé environnementale de l’Aude s’attaque à la pollution au chlordécone, un pesticide ayant contaminé durablement les Antilles françaises. Ce projet a été lancé suite à une consultation citoyenne qui a révélé une forte préoccupation parmi les habitants concernant les conséquences de ce produit chimique dans leur région.
La directrice de l’institut, Viviane Thivent, a souligné que ce thème n’était pas prévu pour le premier chantier de l’association, fondée en 2023. Les Audois ont choisi d’explorer cette problématique, malgré d’autres enjeux environnementaux dans le département, tels que l’usine de traitement d’uranium d’Orano Malvési et l’ancienne mine d’or de Salsigne.
Port-la-Nouvelle, petite commune située au sud de Narbonne, a été identifiée comme la plaque tournante de la production de chlordécone en France. Entre 1981 et 1991, environ 4 000 tonnes du pesticide Curlone, contenant du chlordécone, ont été produites par la société Calliope, avant d’être expédiées vers les Antilles. Cette prise de conscience a incité les citoyens à rouvrir le dossier.
L’enquête est menée par Magdalena Jarvin, anthropologue, qui s’emploie à retracer l’histoire du site aujourd’hui abandonné. Selon elle, la société Melpomen, qui a racheté la production chimique en 2011, n’a jamais procédé à la dépollution. Les archives administratives et les coupures de presse sont examinées pour recenser les accidents survenus durant la période de production.
Les données préliminaires révèlent qu’il y a eu plus d’une centaine d’explosions et de fuites de cuves. En 2003, des pêcheurs avaient porté plainte en raison de la pollution des cours d’eau et de l’étang de Bages, ce qui avait mené à une condamnation des entreprises responsables en 2007, établissant pour la première fois le préjudice environnemental en France.
Cependant, l’état des lieux des pollutions n’a pas été complété, et des traces de déchets toxiques enfouis sur le site soulèvent des inquiétudes quant à d’éventuelles fuites dans la nappe phréatique.
L’accès aux témoignages est délicat, car les dernières usines ont fermé il y a deux décennies. Une habitante a évoqué des souvenirs de mauvaises odeurs et d’eau rouge après les pluies, témoignant d’un passé industriel difficile à évoquer. La sociologue Christelle Gramaglia souligne que la parole est souvent retenue par loyauté envers les histoires industrielles.
Pour avancer, l’équipe de l’institut s’appuie sur un réseau de 46 bénévoles et des partenariats avec des centres de recherche, notamment le CNRS à Montpellier, pour développer des tests de détection de chlordécone dans l’eau.
L’Institut écocitoyen a récemment obtenu un financement de 250 000 euros de l’Agence de la transition écologique (Ademe) pour développer ces tests, ainsi qu’une enveloppe de 200 000 euros de l’Institut Exposum pour évaluer l’exposition des habitants aux polluants.
La prochaine étape consiste à négocier l’accès au site, ce qui pourrait faciliter des actions publiques visant à remédier à cette situation. Le Conseil départemental finance l’association à hauteur de 40 000 euros par an, illustrant une collaboration entre l’institut et les collectivités.
Cette initiative pourrait ouvrir la voie à d’autres enquêtes sur la pollution industrielle en France, contribuant à un mouvement plus large de recherche et de sensibilisation sur les effets des produits chimiques sur la santé et l’environnement.
Source : Reporterre


