Censure des manuels scolaires : l’enseignement du climat menacé aux États-Unis sous Trump

Manuels censurés, cours menacés : l’enseignement du climat en péril sous Trump

Manuels censurés, cours menacés : l’enseignement du climat en péril sous Trump

San Antonio (États-Unis), correspondance

Aux États-Unis, l’enseignement du réchauffement climatique continue de susciter des controverses. Depuis que Donald Trump a dénoncé, en 2017, ce qu’il qualifiait d’« endoctrinement », l’éducation climatique est devenue un nouveau front de la « guerre culturelle », selon Glenn Branch, directeur adjoint du National Center for Science Education (NCSE), une organisation qui défend l’enseignement des sciences.

Branch affirme que « les salles de cours sont devenues des champs de bataille » politiques et culturels, notamment dans les établissements du système K-12 (écoles, collèges et lycées) ainsi que dans les universités. Cela se traduit par une tentative d’édulcorer la façon dont le sujet est abordé dans les programmes, reprenant des arguments utilisés depuis des décennies contre la théorie de l’évolution de Charles Darwin.

Des manuels censurés en Floride

L’absence d’un système scolaire national entraîne des approches variées d’un État à l’autre. Bien que le réchauffement climatique soit largement intégré aux référentiels scientifiques, son enseignement diffère considérablement entre les 13 300 districts scolaires du pays. Un rapport de juin 2025 du Yale Program on Climate Change Communication révèle que 78 % des électeurs inscrits estiment que « les écoles devraient enseigner aux enfants les causes et les conséquences du réchauffement climatique, ainsi que les solutions possibles ».

En Floride, le département de l’Éducation a demandé à plusieurs éditeurs de manuels scolaires de revoir leurs contenus sur le climat, selon une enquête de la radio locale WUSF et du média spécialisé The Hechinger Report. Certains manuels remplacent le terme « changement climatique » par « modifications de l’environnement », supprimant des références à son origine humaine ou à l’influence de l’industrie des combustibles fossiles.

Une lycéenne de la banlieue de Miami, souhaitant rester anonyme, a déclaré : « À force, le changement climatique finit par ressembler à une catastrophe sans origine réelle, comme si elle était tombée du ciel ». Elle a également noté que près d’un tiers de sa classe adhère aux théories conspirationnistes selon lesquelles le réchauffement climatique serait « un canular ou une invention politique », dans un État où toute référence à ce phénomène a été supprimée des lois en mai 2024.

Pour les enseignants, la crainte d’accusations de militantisme

Malgré le consensus scientifique sur le changement climatique, certains responsables politiques continuent de remettre en question l’importance de cet enseignement. En janvier, des républicains de l’Oklahoma ont qualifié l’enseignement du climat de « contestable », sans que leur projet de loi n’aboutisse.

Bien qu’aucune loi n’interdise explicitement d’aborder le sujet, plusieurs enseignants hésitent à en parler ouvertement en classe, craignant des accusations de militantisme politique et des réactions hostiles de la part des parents ou de leur hiérarchie. Face à ces pressions, certains établissements collaborent avec des organisations comme le Cleo Institute en Floride, qui forme les enseignants et sensibilise les élèves aux enjeux climatiques.

Des États résistent

Alors que la Floride et le Texas rendent l’enseignement du réchauffement climatique plus difficile, d’autres États, comme le New Jersey, adoptent une approche presque opposée. Depuis 2020, le New Jersey encourage un enseignement interdisciplinaire du climat, intégrant des activités comme le suivi de la migration des colibris.

À New York, Carolina Castro-Skehan, enseignante des sciences de la Terre, applique une méthode d’apprentissage basée sur l’observation du milieu local, en impliquant ses élèves dans la création de jardins potagers. Rajul Pandya, spécialiste de l’éducation climatique, souligne que l’enseignement de qualité doit être « actif, interdisciplinaire, social et ancré localement », afin de donner aux élèves les outils nécessaires pour comprendre le monde dans lequel ils vivent.


Source : Reporterre

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