40 °C, bâti inadapté : la Bretagne n’est pas le refuge climatique qu’on croit

La Bretagne n’est pas le refuge climatique qu’on croit

Des records de températures ont été enregistrés en Bretagne, atteignant 42 °C à Vannes (Morbihan), 41 °C à Rennes (Ille-et-Vilaine), et 39 °C à Brest et Quimper (Finistère). Cette canicule a provoqué l’explosion d’un transformateur, privant 68 000 foyers d’électricité et entraînant le débordement de stations d’épuration, ce qui a conduit à la fermeture de plusieurs plages dans le Finistère Sud. Les alertes sécheresse se multiplient dans toute la région, aggravées par un manque de pluie, poussant même des usines à fermer temporairement.

Après la canicule de l’été 2022 et l’incendie des Monts d’Arrée, ainsi que la tempête Ciaran en novembre 2023, des Bretons ont été chassés de leurs foyers par la submersion marine en janvier 2025. L’année 2026 illustre à nouveau que la Bretagne est touchée par le dérèglement climatique.

Malgré cela, l’idée d’une Bretagne épargnée par le réchauffement climatique persiste. D’après un sondage mené par Ici et Odoxa en septembre 2025, 30 % des Français envisagent de déménager à cause du dérèglement climatique, dont 37 % se tournent vers la Bretagne, souvent perçue comme une région à pluviométrie plus élevée que le reste de la France. En effet, le bassin rennais reçoit environ 700 mm de précipitations par an, et le Finistère jusqu’à 1 300 mm, contre une moyenne de 500 mm pour la France métropolitaine.

Un imaginaire façonné par la presse

Cet imaginaire de la Bretagne comme un territoire refuge est également alimenté par les médias. Par exemple, Le Figaro Immobilier a décrit la région comme un potentiel « refuge climatique ». Le Parisien a également présenté une partie de la côte nord du Finistère comme un refuge contre la canicule, où les températures ne dépassent pas 30 °C, alors que Brest souffre sous 38 °C.

Stéven Tual, météorologue et fondateur du site Temps breton, souligne que croire que la Bretagne est un refuge climatique relève du mirage. La région présente en réalité environ six microclimats, chacun ayant des caractéristiques climatiques distinctes.

45 °C attendus en 2040

Avec le dérèglement climatique, la Bretagne voit également une augmentation de sa température moyenne. Entre 1961 et 1990, la température annuelle moyenne a augmenté de 1,6 °C en Bretagne, contre 1,9 °C pour la France métropolitaine. Pierre d’Arrentières, chef de projet climat à l’Observatoire de l’environnement en Bretagne (OEB), annonce que d’ici 2040, des températures allant jusqu’à 45 °C sont à prévoir, avec des vagues de chaleur plus longues et intenses.

Une eau en tension

La région fait face à une vulnérabilité accrue concernant l’eau, avec des nappes qui se vident rapidement et une dépendance aux réserves de surface. Selon Pierre d’Arrentières, 75 % des réserves d’eau en Bretagne proviennent de barrages. En cas de sécheresse prolongée, la situation pourrait devenir critique.

Début juin, la région a lancé une campagne de sensibilisation pour inciter à l’économie d’eau. L’agriculture, qui représente 21 % de la consommation d’eau potable en Bretagne, accentue cette vulnérabilité.

Un bâti inadapté au dérèglement climatique

La croissance démographique en Bretagne, qui est de 0,6 % par an, devrait également augmenter la pression sur les ressources en eau. L’INSEE prévoit que la population de la région, actuellement de 3,5 millions d’habitants, pourrait augmenter de 400 000 d’ici 2040.

L’inadaptation des infrastructures face aux événements climatiques extrêmes a également été mise en lumière par des inondations importantes survenues en janvier 2025. Les logements, pensés pour résister au froid, s’avèrent inadaptés aux fortes chaleurs, notamment à cause des toitures en ardoise qui absorbent la chaleur.

Il est crucial de prendre conscience que, comme l’affirme Clément Jeanneau, consultant en climat, aucun territoire ne peut être considéré comme préservé face au dérèglement climatique.

Source : Reporterre

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