« On joue notre avenir et tout le monde s’en fiche » : les lycéens étouffent pendant le bac

On joue notre avenir et tout le monde s’en fiche

Bagnolet (Seine-Saint-Denis), reportage — « On n’en peut plus », lâche Lina, 18 ans, élève de terminale au lycée Eugène Hénaff. Le 17 juin, elle a passé une épreuve du baccalauréat sous une chaleur écrasante atteignant 32 °C dans sa salle de classe. « Nous, on souffre de cette chaleur. On joue notre avenir et tout le monde s’en fiche », déplore-t-elle.

L’établissement, comme de nombreux lycées, n’est pas adapté aux fortes chaleurs. Peu de végétation, pas de climatisation, et des salles mal ventilées aggravent la situation. Youssef, 17 ans, se plaint : « Dans ma salle, on aurait au moins aimé des ventilateurs. On nous avait garanti un espace de travail correct, mais nous n’avons même pas eu de bouteilles d’eau. »

Malgré leurs tentatives de relativiser, les élèves redoutent les conséquences de ces conditions sur leurs résultats. Lina, ayant souffert de l’insomnie due à la chaleur, confie : « Durant l’épreuve, j’étais fatiguée, j’avais chaud, je ne pensais qu’à ça et mon stylo me glissait des doigts. » Une de ses camarades, migraineuse, a vu ses maux de tête s’aggraver.

Le lycée as avoir mis à disposition des ventilateurs et affirme que la chaleur « n’a pas été un problème pour les élèves ». Une CPE anonyme précise : « Nous avons acheté quelques ventilateurs à la dernière canicule et les avons utilisés dans les salles. Les terminales étaient dans les salles les plus fraîches. »

« Rien n’a été anticipé »

Pour Ryad Rani, président de l’Union syndicale des lycéens (USL), ces conditions sont inacceptables. Il déclare : « Le réchauffement climatique ne date pas d’hier. Ça fait des années que les élèves suffoquent durant leurs épreuves de baccalauréat, mais rien n’est fait pour que ça change. Rien n’a été anticipé. » Le syndicat demande que toutes les épreuves, y compris les oraux, se déroulent le matin et que les centres d’examen soient adaptés aux fortes chaleurs.

Le gouvernement a annoncé qu’à partir de l’année prochaine, les épreuves de baccalauréat ne devraient plus se dérouler l’après-midi. Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, a déclaré le 14 juin : « On ne peut plus se permettre d’avoir des épreuves aujourd’hui en mai ou en juin, entre 14 et 18 heures. »

Cependant, Lina et ses camarades n’ont pas encore terminé leurs épreuves. Des oraux sont prévus du 22 juin au 1er juillet, période durant laquelle les températures devraient atteindre 40 °C à Bagnolet. Lina s’inquiète : « J’appréhende beaucoup la semaine prochaine. Je passe à 13 heures et je ne vois pas comment je vais pouvoir me concentrer. J’ai peur de me louper. »

Inégalités des chances

Dans un entretien à Reporterre, Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue, a dénoncé la passivité de l’État face aux canicules : « Encore une fois, le gouvernement a réagi à la dernière minute. En mai, des lycéens ont passé leur bac professionnel sous des températures insupportables. »

Cette situation exacerbe les inégalités. En France, 1 Français sur 2 vit dans une passoire thermique. Les conditions de révision et de repos varient selon les établissements. « Certains lycées, surtout dans les grandes villes, peuvent s’adapter aux températures extrêmes, ce qui est loin d’être le cas dans des banlieues », souligne Ryad Rani. En Île-de-France, près de 30 % des lycées sont en très mauvais état.

Cette réalité soulève des inquiétudes quant à l’avenir des élèves. Si les lycéens d’aujourd’hui souffrent lors de leurs examens, quel sera le sort des générations futures ?

Source : Reporterre

Source