« Victimes d’un arbitrage politique », ces associations essentielles à la transition écologique pourraient disparaître

Victimes d’un arbitrage politique : les CAUE en danger

Bordeaux (Gironde), reportage

Ce 16 juin au matin, le bâtiment du Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) de la Gironde, à Bordeaux, est une véritable fourmilière. Une quarantaine de salariés venus de divers départements, tels que l’Aude, l’Aveyron et la Haute-Vienne, se sont rassemblés pour une journée de mobilisation.

La situation est préoccupante : après une première vague de six licenciements en 2025, le CAUE de la Gironde, le plus important en France avant 2025, s’apprête à se séparer de dix salariés supplémentaires cette année. Cette structure a pour mission de conseiller gratuitement les collectivités et les particuliers sur l’intégration des questions environnementales dans leurs projets de construction.

Si la situation girondine est alarmante, le problème est national : les CAUE sont en cours de démantèlement. Celui de la Manche a déjà fermé, et celui de l’Eure suit le même chemin. Entre 2023 et 2026, les 92 structures départementales du pays ont vu leur effectif passer de 1 200 à 900 salariés. Ce déclin est principalement dû à des difficultés de collecte de la taxe d’aménagement, leur principale source de financement. Une réforme de cette taxe devrait entraîner un manque à gagner de 40 millions d’euros pour les CAUE en 2026. Selon Étienne Lesage, architecte au CAUE de la Gironde, « le budget des CAUE en France, en moyenne, est de 110 millions d’euros ».

Un service public en moins pour les communes rurales

Concernant la Gironde, les licenciements prévus sont liés au vote du budget du département. Ce dernier s’attendait à collecter 10,5 millions d’euros de taxe d’aménagement, mais la chambre régionale des comptes lui suggère de revoir ce montant à la baisse, autour de 6 millions d’euros. Cette somme devra être répartie entre le CAUE et les « espaces naturels sensibles » du département. Dans le meilleur des cas, l’association s’attend à composer avec 1,3 million d’euros de budget, alors que son besoin est d’1,8 million d’euros.

« Nous défendons nos emplois, mais surtout nos missions de service public », souligne Stanislas Robert, architecte-conseiller et syndiqué CGT du CAUE de la Gironde. Il avertit que cet affaiblissement aura des conséquences pour les communes rurales.

Des élus locaux, comme Dominique Clavier, maire de Pujols-sur-Ciron, soutiennent la mobilisation. « Les élus ont des idées, mais n’ont pas l’expertise ; nous avons besoin de ce service », affirme-t-il. Robert Roncoli, maire de Fargues, ajoute : « En plus, c’est gratuit ! Nous n’avons pas les moyens de payer des bureaux d’étude à plusieurs dizaines de milliers d’euros. »

Victime d’un arbitrage politique

Le rapport d’activité 2025 du CAUE montre que l’association a accompagné 231 dossiers auprès des collectivités, contre 300 en 2024. Le nombre de permanences pour les particuliers a également diminué, passant de 61 à 39.

La mobilisation se poursuit devant le siège de la préfecture girondine, où une délégation CGT doit rencontrer la préfète et la Direction régionale des Affaires culturelles de Nouvelle-Aquitaine. Stanislas Robert évoque des marges de manœuvre possibles, comme une avance sur la taxe d’aménagement 2027 ou un fonds d’urgence.

Émilie Partaud, paysagiste du CAUE de la Charente, espère que cette mobilisation entraînera une réforme nationale du financement. « Nous avons la sensation d’être victimes d’un arbitrage politique alors que nous représentons 0,1 % du budget du département », déclare François Junjaud, juriste du CAUE 33. Élodie Vouillon, directrice du CAUE 33, s’inquiète de la situation : « Un fonds d’urgence avait été discuté avant le 49.3, maintenant c’est trop tard. »

Si les licenciements sont maintenus, une nouvelle mobilisation est prévue le 29 juin par les salariés du CAUE de la Gironde.

Source : Reporterre

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