« Pendant les foins, c’est intenable » : les agriculteurs en colère contre le passage au tout-numérique

Pendant les foins, c’est intenable : les agriculteurs en colère contre le passage au tout-numérique

À partir du 1er septembre, la réforme de la facturation électronique obligera toutes les entreprises, y compris la majorité des exploitations agricoles, à adopter un système numérique pour émettre et recevoir leurs factures. Cette obligation suscite une forte inquiétude parmi les agriculteurs, qui estiment que cette transition vers le tout-numérique pourrait aggraver leur charge administrative.

Olivier Niol, agriculteur bio à Saint-Jean-la-Poterie (Morbihan), exprime son mécontentement : « Moi, j’appelle ça le remembrement numérique. Après, on n’aura plus personne en face de nous : tout sera numérisé. » Sur sa ferme de 30 hectares, il et sa femme Béatrice gèrent leur comptabilité sur papier, sans carte bancaire ni smartphone. Ils ne sont pas seuls dans cette situation, car 61 % des agriculteurs jugent cette réforme « source de stress ».

À partir de septembre, les petites et moyennes entreprises (PME) devront émettre leurs factures sur une plateforme privée agréée par l’administration fiscale. En cas de non-respect, elles s’exposent à des amendes pouvant atteindre 1 000 euros par trimestre.

Les agriculteurs, qui déclarent actuellement leur TVA une fois par an, craignent que cette réforme n’augmente considérablement leur charge de travail. Cyrille Tatard, apiculteur et éleveur de vaches à Sixt-sur-Aff (Ille-et-Vilaine), souligne que la gestion administrative de sa ferme prend déjà une vingtaine d’heures par an. Avec la réforme, il redoute de devoir consacrer beaucoup plus de temps à la saisie de données.

La nouvelle obligation de « e-reporting » inquiète particulièrement les agriculteurs. Au lieu de regrouper leurs ventes dans un récapitulatif trimestriel, ils devront transmettre mensuellement des données détaillées sur chaque transaction, ce qui pourrait représenter jusqu’à 150 lignes pour une seule vente.

Dans ce contexte, Jérôme Martinez, de l’association Solidarité Paysans, alerte sur l’accumulation des démarches administratives et la dématérialisation des processus. Il souligne également la perte d’autonomie des agriculteurs, qui devront passer par des plateformes privées pour gérer leur comptabilité.

Cette réforme s’inscrit dans un cadre plus large, visant à lutter contre la fraude à la TVA, qui représentait un manque à gagner de 12,8 milliards d’euros en 2022 en France. L’État espère récupérer plus de 2 milliards d’euros par an grâce à cette réforme.

Les agriculteurs s’interrogent sur la viabilité de cette transition, notamment en raison de leur manque de familiarité avec les outils numériques. Plus de 30 % des chefs d’exploitation sont déjà en âge de partir à la retraite, et beaucoup d’entre eux ne disposent pas des compétences nécessaires pour s’adapter à ces nouvelles exigences.

En réponse à ces défis, des efforts de formation ont été mis en place pour aider les agriculteurs à s’adapter à la réforme. Cependant, le mécontentement persiste, et la contestation s’organise, avec des collectifs d’agriculteurs interpellant les élus pour demander un moratoire sur cette réforme.

Source : Reporterre

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