Agent orange, chlordécone : les victimes s’unissent contre le colonialisme chimique
Paris, reportage
« Tous ensemble anti-impérialistes », scande la foule devant l’Opéra Bastille, à Paris, le samedi 20 juin. Sous une chaleur écrasante, environ 600 personnes, selon les organisateurs, se sont réunies pour dénoncer le colonialisme chimique. Ce rassemblement a été organisé par les collectifs Diasporas solidaires avec les victimes de l’empoisonnement colonial (DSAVEC) et Vietnam Dioxine (CVD). Kim Vo Dinh, militant du CVD, a exprimé des regrets quant à la participation : « On aurait aimé plus de monde, on espérait plus de 1 000 personnes malgré la canicule. »
Cet événement s’inscrit dans un contexte juridique important : le 16 juin, l’audience du pourvoi en cassation de Tran To Nga contre quatorze firmes agrochimiques productrices de l’agent orange a eu lieu. Le 22 juin, la cour d’appel de Paris doit rendre sa décision concernant l’affaire du chlordécone, un pesticide utilisé massivement dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique jusqu’en 1993.
Le public, bien que nombreux, a constaté une absence de grandes organisations écologistes, souvent présentes dans des manifestations similaires. Fleur Breteau, de Cancer Colère, a souligné que « l’industrie chimique reste notre adversaire commun. Dès qu’un produit est interdit en Europe, il est expédié dans le Sud global. » Les intervenants des Soulèvements de la Terre ont rappelé que la lutte pour la justice environnementale doit inclure les territoires colonisés, souvent négligés.
Jean, porte-voix des Soulèvements de la Terre, a évoqué un manque d’engagement face à des enjeux raciaux et coloniaux, affirmant que les entreprises de pesticides, telles que Bayer-Monsanto et Syngenta, doivent être reconnues pour leur rôle colonial.
Les militants, tels que Malcom Ferdinand, ont insisté sur la nécessité d’une auto-organisation et d’un respect des droits fondamentaux. « Cela fait soixante ans que ça dure, pourquoi ce n’est pas unanimement reconnu ? » a interrogé Opale, une voix du CVD, en faisant référence aux conséquences durables de ces produits chimiques sur les populations touchées.
Yvon Sérénus, président du Collectif des ouvriers et ouvrières et leurs ayants droit empoisonnés par les pesticides (Coaadep), a souligné que sans la colonisation, il n’y aurait pas eu de chlordécone. Il a également averti que ces terres ne doivent pas retourner aux « empoisonneurs ».
Lilith, figure de la lutte contre le chlordécone, a déclaré qu’il y a de l’espoir, malgré les incertitudes judiciaires. André Bazin, de DSAVEC, a conclu en affirmant que les luttes contre l’agent orange et le chlordécone sont intrinsèquement liées.
Source : Reporterre
