Derrière l'afflux de migrants à Ceuta, les interrogations politiques – franceinfo

Derrière l’afflux de migrants à Ceuta, les interrogations politiques

Le Premier ministre espagnol se rend en urgence à Ceuta, vendredi. Depuis une semaine, ce minuscule territoire espagnol enclavé dans le nord du Maroc fait face à l’arrivée d’au moins 1 500 migrants. Une situation très tendue.

Les forces de sécurité espagnoles ont été débordées jeudi 30 juillet, lorsque des centaines de Marocains, majoritairement des jeunes hommes, ont contourné la frontière à la nage pour entrer dans l’enclave de Ceuta. Certains étaient équipés de bouées ou de combinaisons de plongée, tandis que d’autres étaient torse nu, malgré le danger des vagues et des rochers. Les autorités ont rapporté neuf morts lors de cette traversée.

Dans cette enclave de moins de 20 kilomètres carrés, les habitants ont filmé les cris de joie des migrants qui réussissaient à atteindre le sol espagnol. Beaucoup d’entre eux se précipitaient vers des centres d’accueil, déjà saturés, alors que la ville comptait en moyenne 150 entrées illégales par jour, selon le maire.

Plusieurs facteurs expliquent cet afflux. D’une part, des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux parmi la jeunesse marocaine affirmaient que la frontière de Ceuta était ouverte. D’autre part, l’opposition de droite en Espagne a pointé du doigt une récente décision de la Cour suprême, qui a déclaré illégal le refoulement d’un migrant arrivant à la nage.

La presse espagnole évoque également une possible passivité des forces de sécurité marocaines, qui n’auraient pas empêché cet exode. Certains analystes suggèrent qu’il pourrait s’agir d’une forme de rétorsion liée à la récente visite du Premier ministre espagnol en Algérie, un rival du Maroc. Ce n’est pas la première fois que l’immigration illégale est utilisée comme un outil politique ; en 2021, 8 000 migrants avaient pénétré à Ceuta en deux jours, en réponse à l’accueil par l’Espagne d’un chef indépendantiste sahraoui.

Cette crise migratoire engendre des tensions au sein de l’Union européenne. La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a appelé à suspendre la libre circulation entre l’Espagne et le reste de l’Europe, une déclaration qui a provoqué une réaction immédiate du gouvernement espagnol, qui a convoqué l’ambassadeur italien à Madrid.

La situation à Ceuta pourrait être le prélude à une crise politique plus large en Europe.

Source : Franceinfo

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