60 000 migrants ont rejoint l’enclave de Ceuta depuis le Maroc

Crise migratoire à Ceuta : 60 000 migrants en quelques jours

(Ceuta) Soixante mille migrants ont rejoint l’enclave espagnole de Ceuta au Maroc en quelques jours, provoquant une crise diplomatique européenne quant à la potentielle suspension de l’Espagne de l’espace Schengen.

Publié à 6 h 16, Mis à jour à 8 h 47
Par Lucía DIAZ avec Margaux BERGEY à Madrid, Agence France-Presse

« Environ 60 000 personnes sont entrées dans notre ville », a déclaré le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas, lors d’une conférence de presse vendredi. Cela représente 70 % de la population de Ceuta. « C’est comme si, en 24 heures, 34 millions de personnes entraient sur le territoire espagnol. Évidemment, c’est impossible d’absorber cette pression », a-t-il ajouté.

Signe du chaos à Ceuta, des hommes retraversaient vendredi matin la frontière en sens inverse pour rentrer au Maroc : « il y a trop de monde ici, tout est plein », a expliqué l’un d’eux à l’AFP. Le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé que 25 000 migrants avaient déjà quitté l’enclave à la mi-journée.

Venant de la ville marocaine de Fnideq, qui jouxte l’enclave espagnole, les migrants sont arrivés tout au long de la nuit, par la terre et la mer, et le flux continuait vendredi matin. Il s’agit majoritairement de jeunes hommes et d’adolescents, franchissant les hautes barrières de barbelés qui matérialisent la frontière, ou les contournant par la mer.

Ceuta, petit territoire de 80 000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le détroit de Gibraltar, forme l’une des deux frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe, avec l’autre enclave espagnole de Melilla.

Parmi eux figuraient de jeunes hommes sachant à peine nager, avec des bouées, en pleine nuit. Trente-quatre migrants sont morts, selon Juan Vivas, dont 18 noyés en tentant le passage de la frontière par la mer, selon une source policière.

Vendredi matin, des milliers de jeunes migrants étaient réunis sur les plages, certains se réchauffant autour de feux, d’autres dormant, sous le regard des forces de l’ordre. « Il y a eu un flux constant de personnes toute la nuit », a précisé une source policière à l’AFP. Des rumeurs d’ouverture de la frontière entre le Maroc et Ceuta, propagées sur les réseaux sociaux, ont provoqué cette ruée.

Arrivé vendredi matin avec son ministre de l’Intérieur, le premier ministre espagnol Pedro Sánchez a évoqué « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne » et accusé des « mafias » d’être à l’origine de la rumeur d’ouverture de la frontière.

Le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé l’envoi immédiat de plusieurs dizaines de gardes civils et policiers, parmi lesquels huit plongeurs, ainsi qu’un bateau et des drones.

Réaction européenne

Plusieurs pays européens ont réagi à cette crise migratoire brutale. Le chancelier allemand Friedrich Merz a demandé à l’Espagne « de ne pas laisser les migrants en situation irrégulière accéder au continent européen », et au Maroc de reprendre « immédiatement les migrants en situation irrégulière ». L’Italie a exprimé son souhait de fermer l’espace Schengen à l’Espagne, une proposition soutenue par la Finlande et le Danemark.

La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a déclaré : « Nous sommes prêts à agir, y compris par des mes exceptionnelles, comme la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne ». La première ministre danoise Mette Frederiksen a également souligné que « l’UE doit immédiatement prendre toutes les mes nécessaires et envisager toutes les options, y compris une suspension de la coopération Schengen ».

Le président français Emmanuel Macron a exprimé son soutien aux autorités espagnoles et a demandé de renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne. Le premier ministre britannique Andy Burnham a annoncé être en contact avec les autorités espagnoles pour leur proposer de l’aide.

Cette crise migratoire rappelle la situation de 2021, lorsque des milliers de personnes avaient traversé la frontière à la faveur d’un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l’Espagne.

Source : Agence France-Presse.

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