Sous l’Occupation, se déplacer sans pétrole | CNRS Le journal

Sous l’Occupation, se déplacer sans pétrole

Malgré l’occupation allemande et une pénurie de pétrole, les Françaises et Français ont continué de voyager entre 1940 et la Libération. Ils se déplaçaient pour rendre visite à leur famille, partir en vacances, ou participer à des compétitions sportives et des sorties culturelles. C’est ce que souligne l’historien Hervé Joly dans son dernier livre.

Pourquoi aborder l’Occupation à travers les transports et les mobilités ?

Hervé Joly explique qu’il souhaitait initialement traiter des pénuries alimentaires, mais ces sujets avaient déjà été largement explorés. En revanche, la question du pétrole restait peu étudiée et résonnait avec des problématiques contemporaines. Avant la guerre, la France consommait 8 millions de tonnes de produits pétroliers, principalement pour le transport. Pendant l’Occupation, la pénurie engendre une restriction des mobilités, surtout en ce qui concerne le transport automobile. Malgré tout, les déplacements en train se poursuivent, car les locomotives à vapeur ne sont pas affectées par la pénurie.

La dépendance énergétique de la France en 1940

Dès les années 1930, la dépendance pétrolière inquiète, car la France ne produit quasiment rien, à l’exception d’un gisement en Alsace. Les responsables politiques étaient en partie préparés à une pénurie, mais les solutions alternatives, comme la fabrication de carburants à partir d’alcool, ont échoué. En juin 1940, l’arrêt quasi total des approvisionnements provoque un choc brutal, et la consommation doit être réduite de près de 20 fois pour s’adapter à la situation.

Les déplacements sous l’Occupation

L’armistice de 1940 divise la France et impose de nouvelles restrictions. La ligne de démarcation complique les déplacements, mais à l’intérieur de chaque zone, les voyages restent autorisés. Le trafic ferroviaire demeure important, et des trains supplémentaires sont mis en place pour faciliter les déplacements, notamment pendant les vacances. Les catégories privilégiées continuent de voyager, malgré l’impossibilité de partir à l’étranger.

Mobilités de loisirs : encouragement ou contrainte ?

L’État, par le biais de la SNCF, encourage les départs en vacances pour maintenir un semblant de vie normale. Les mobilités sont perçues comme essentielles pour le moral de la population. Cependant, de nombreux témoignages évoquent des trains bondés et des conditions de voyage difficiles.

L’essor du vélo

L’usage du vélo explose pendant l’Occupation, devenant un moyen de transport essentiel en raison de la pénurie de carburant. Les distances parcourues peuvent atteindre 30 à 40 km, mais la production de nouveaux vélos est limitée. Le vélo, bien que populaire, souffre d’une image négative liée aux conditions de vie difficiles de l’époque.

Les inégalités dans les déplacements

Une réglementation stricte limite l’usage de l’automobile, et moins de 10 % des véhicules peuvent circuler. Ces autorisations sont réservées à des usages professionnels essentiels, créant ainsi des inégalités. Les proches du régime bénéficient de meilleures dotations en essence, tandis que la population générale doit se contenter de restrictions.

Mobilités forcées et déportations

Les transports sont également utilisés pour des déplacements forcés, comme les déportations vers les camps de concentration. Bien que ces mouvements soient significatifs, ils constituent une part limitée du trafic global, qui reste dominé par les déplacements professionnels et de loisirs.

Réflexions contemporaines

L’historien conclut que la réduction de l’usage du pétrole ne doit pas se faire au détriment des déplacements humains. L’aspiration à voyager est forte, et les leçons tirées de l’Occupation montrent que toute réglementation entraîne des dérogations et des injustices.

Sources

Article basé sur les recherches d’Hervé Joly et les archives consultées dans le cadre de son étude.

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