Singapour investit dans l'IA aérienne : 1 million de mouvements par an d'ici 2030

Singapour investit dans l’IA aérienne : 1 million de mouvements par an d’ici 2030

Singapour a récemment pris un tournant significatif dans le domaine de l’innovation aéroportuaire. L’Autorité de l’aviation civile (CAAS) a attribué à Thales le mandat de déployer un système de gestion du trafic aérien basé sur l’intelligence artificielle, capable de gérer jusqu’à 1 million de mouvements d’aéronefs par an à partir de 2030. Pendant ce temps, l’Europe continue de rencontrer des difficultés à harmoniser ses régulations aériennes, tandis que la cité-État renforce son rôle de hub régional essentiel face à une augmentation rapide du trafic aérien en Asie-Pacifique.

Le pari économique de Singapour : devenir l’aéroport le plus intelligent d’Asie

La dynamique économique de l’aviation se déplace vers l’Est. Selon l’OACI, l’Asie-Pacifique représentera 50% de la croissance mondiale du trafic aérien au cours des 25 prochaines années. Singapour, qui gère déjà 2000 vols quotidiens, dont 1000 à l’aéroport de Changi, fait face à une saturation imminente. La CAAS prévoit un doublement du trafic d’ici 2043, alors que la flotte mondiale atteindra 50 000 avions de ligne. Le choix du système NexGen répond à cette nécessité d’absorber cette explosion sans compromettre la fluidité opérationnelle ni la rentabilité.

Pascale Sourisse, directrice générale du Développement International chez Thales, a déclaré : « Nous sommes ravis de poursuivre notre partenariat de longue date avec la CAAS, autour d’un projet aussi ambitieux et décisif pour Singapour. NexGen marque un nouveau chapitre dans l’évolution de la gestion du trafic aérien à Singapour. »

Chiffres clés : 170 millions de passagers en 2030, 1 million de mouvements annuels

Cet investissement dans NexGen s’accompagne d’une expansion massive des infrastructures. Le terminal 5 de Changi, dont l’ouverture est prévue pour 2030, augmentera la capacité d’accueil de l’aéroport à 170 millions de passagers annuels, contre 70 millions actuellement. Parallèlement, le système de gestion du trafic devra gérer 1 million de mouvements annuels, ce qui représente une augmentation de 43% par rapport à l’actuel volume d’environ 700 000 mouvements. Véronique Guillermard a qualifié ce déploiement de « première mondiale », faisant de Changi le seul aéroport international à adopter un système ATM intégrant pleinement l’intelligence artificielle.

Les retombées économiques sont significatives. Chaque point de croissance du trafic aérien génère des revenus directs (taxes aéroportuaires, redevances d’atterrissage) et indirects (commerce, tourisme, services). L’économie de Singapour, qui dépend à 7% du secteur aérien, transforme son hub en levier de compétitivité régionale, attirant davantage de compagnies aériennes et renforçant sa position face à Hong Kong, Dubaï ou Bangkok.

L’IA comme levier de productivité et de rentabilité aéroportuaire

Le cœur du système NexGen repose sur TopSky – Sequencer, un module d’intelligence artificielle optimisant le séquençage des arrivées et des départs. L’IA analyse en temps réel les trajectoires, les conditions météorologiques et les capacités des pistes, réduisant ainsi les temps d’attente au sol et en vol. Cela entraîne une diminution des retards, une baisse de la consommation de carburant et une accélération de la rotation des avions.

Pour les compagnies aériennes, chaque minute gagnée se traduit par des économies opérationnelles directes. Pour l’aéroport, l’augmentation des rotations quotidiennes accroît les revenus sans nécessiter d’extension physique des infrastructures.

Thales prévoit également un programme de transfert de compétences, avec une équipe de la CAAS qui sera formée en France pour asr la maintenance locale et réduire la dépendance à long terme.

Enjeux d’adoption européenne : coûts, délais, complexité politique

L’Europe pourrait-elle reproduire le modèle singapourien ? Techniquement, c’est envisageable. Toutefois, des obstacles politiques et économiques se dressent. Le coût d’un déploiement continental pourrait atteindre des milliards d’euros, répartis sur 27 budgets nationaux aux priorités divergentes. Les délais pourraient s’étendre sur 10 à 15 ans, le temps nécessaire pour coordonner les appels d’offres et les certifications.

Singapour prouve qu’un État agile, centralisé et prospectif peut transformer une contrainte en opportunité économique. À l’inverse, l’Europe, en raison de sa fragmentation, risque de voir ses aéroports perdre en compétitivité face aux hubs asiatiques et moyen-orientaux.

Source : Économie Matin

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