Rosa Bonheur et les Grands Maîtres de l’Art Animalier à l’Honneur au Musée Courbet
L’exposition « Réalisme animal » au musée départemental Gustave Courbet à Ornans (Doubs) met en lumière l’essor de l’art animalier entre 1848 et 1914. Elle illustre le rôle des artistes dans la promotion d’un nouveau modèle agricole instauré par l’État.
Parmi les pièces maîtresses, Le Labourage nivernais, prêté par le musée d’Orsay, est une œuvre emblématique de Rosa Bonheur, réalisée en 1849. Ce tableau panoramique (133 x 260 cm) représente une douzaine de bœufs, massifs et propres, labourant sous un ciel bleu éclatant. Commandée par l’État en 1848, cette œuvre s’inscrit dans une période où les autorités cherchent à promouvoir l’élevage à grande échelle et à améliorer le bétail par des méthodes de sélection et de croisement.
Des Grands Bœufs Normés
Rosa Bonheur s’est inspirée de la ferme modèle de Poussery, fondée en 1844, pour peindre cette toile. Olivier Vayron, commissaire scientifique de l’exposition, souligne que l’œuvre met en avant « ces grands bœufs normés, parallélépipèdiques, à forte capacité d’engraissement, mais aussi puissants au travail ». Le tableau fait ainsi la promotion d’une nouvelle race de bétail, présentée comme un spectacle devant un jury.
La commande pour Le Labourage nivernais a été passée lors du Salon de 1848, qui a également vu la création d’une section dédiée à l’art animalier. Cet événement a marqué une reconnaissance de la figuration animale, auparavant considérée comme un sous-genre.
L’Âge d’Or des Artistes Animaliers (1848-1914)
L’exposition « Réalisme animal » réunit plus de 200 œuvres et explore la période où la société humaine reconnaît le monde animal comme une composante essentielle de son tissu social. Les commissaires, Thierry Laugée et Olivier Verron, notent que le terme d’artiste animalier a été introduit pour distinguer ces nouveaux artistes, soutenus par l’État.
Des figures emblématiques comme Antoine-Louis Barye et Constant Troyon ont contribué à un recueil illustré commandé par le ministère de l’Agriculture pour le premier Concours universel d’animaux reproducteurs en 1856.
Art et Prise de Conscience de la Cause Animale
Les années 1848 à 1914 marquent également l’émergence de la cause animale. Fondée en 1845, la Société protectrice des animaux a joué un rôle crucial, notamment avec la loi Grammont de 1850, qui pénalise les mauvais traitements infligés aux animaux. Émile Zola a exprimé en 1896 que « la cause des bêtes pour moi est intimement liée à la cause des hommes ».
Rosa Bonheur, pionnière dans la défense de cette cause, a adhéré à la Société dès sa création et a dénoncé la maltraitance animale dans ses écrits. Dans sa propriété de By-Thomery, elle a accueilli de nombreux animaux, illustrant ainsi son engagement envers leur bien-être.
L’exposition « Réalisme animal » est à découvrir au musée Courbet jusqu’au 8 novembre.
Source : Connaissance des Arts


