Quand les médecines alternatives noyautent les facs : la liste exclusive des diplômes pseudoscientifiques

Quand les médecines alternatives noyautent les facs : la liste exclusive des diplômes pseudoscientifiques

Assis en tailleur, les yeux fermés, deux étudiants s’enlacent, tandis que trois autres se tortillent, rampent et grimpent les uns sur les autres. Vêtue de vêtements amples, la maîtresse de séance veille sur les postures, répétant les principes de son cours, avant que les disciples ne se mettent en boule, guidés par les sonorités vibrantes des bols tibétains et quelques envolées spirituelles sur la « conscience des cellules ».

Ces exercices, semblables à des rites initiatiques, font partie du « diplôme universitaire Pratique d’éducation somatique » de la faculté des sciences de Lyon 1, une formation académique certifiée par l’établissement. En trente jours et pour plusieurs milliers d’euros, le cursus promet d’initier au « Body-Mind Centering® », au « Life Art Process® » ou encore au Mouvement Authentique, des arts qui prétendent « guérir » par la seule force de « l’intuition » sans fondement dans la médecine conventionnelle.

Ce type d’apprentissage ésotérique n’est pas isolé ; plusieurs dispositifs de formation en santé véhiculent des concepts non éprouvés. Mi-mars, L’Express a révélé un congrès promouvant la « danse cosmique » à l’université de Clermont-Ferrand. Des étudiants de Dijon ont également dénoncé des enseignements basés sur le principe de « l’auto-guérison ».

Pour faire face à ces dérives, le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a demandé la création d’un comité d’évaluation. Ce dernier aura pour mission de recenser les formations professionnelles dispensées à l’université, appelées « diplômes universitaires » (D.U.), qui ne reposent pas sur des bases scientifiques solides. Ce travail, présidé par le pédiatre Pierre Cochat, ne débutera qu’en septembre, laissant la question de la qualité des formations en suspens pendant la période d’inscription.

L’enquête menée par L’Express a révélé plus de 120 formations pouvant être considérées comme problématiques, incluant des pratiques « alternatives » ou « douces » explicitement visées par le ministère. Parmi ces formations figurent des enseignements d’hypnose et d’EMDR, classés comme « non conventionnels » par les autorités sanitaires.

Des pratiques telles que la médecine chinoise, l’aromathérapie, l’ostéopathie et d’autres disciplines non conventionnelles sont proposées dans plusieurs facultés. Les recettes de ces cursus dépasseraient les deux millions d’euros par an, selon les estimations, représentant une source de financement non négligeable pour les établissements.

Ces modules permettent chaque année à des milliers de professionnels de recevoir des certificats, qu’ils peuvent afficher dans leurs cabinets. Cependant, un examen des contenus révèle un manque de recul critique, témoignant d’une pénétration significative de l’ésotérisme dans l’enseignement supérieur.

Les universités de Strasbourg, Montpellier, Paris Cité et la Sorbonne figurent parmi celles offrant le plus de diplômes controversés. Des alertes sur la qualité de ces formations ne sont pas nouvelles ; en 2018, un grand ménage avait déjà été effectué pour éliminer la plupart des diplômes d’homéopathie.

Le Conseil national de l’Ordre des médecins a récemment souligné la nécessité d’un encadrement strict concernant le contenu des formations. Le rapport sur la désinformation en santé, remis au gouvernement, recommande de « bannir la labellisation académique de pratiques de soins non validées ».

Les dirigeants des universités se retrouvent dans une position délicate, devant interroger les établissements sans enfreindre la liberté académique. Bien que chaque année les Ordres tentent de freiner les techniques « insuffisamment éprouvées », les actions se heurtent à des décisions judiciaires favorables à la liberté académique.

Les formations associées à l’aromathérapie, bien que souvent jugées sans intérêt thérapeutique, continuent d’être intégrées dans des cursus, reflétant une demande persistante pour ces pratiques.

L’université de Lille, par exemple, affirme que ses formations reposent sur une expertise reconnue et font l’objet d’évaluations régulières. De son côté, l’université de Lorraine défend la légitimité scientifique de certaines pratiques, même si elles ne sont pas conventionnelles.

France Universités, qui fédère les présidents d’université, a indiqué que des mes seraient prises si des formations suscitent des doutes quant à leur légitimité scientifique.

Source : L’Express.

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