À bord de l'Ocean Viking, les rescapés racontent les sévices sur les routes de l'exil - Reportage international

À bord de l’Ocean Viking, les rescapés racontent les sévices sur les routes de l’exil

Depuis le début du mois de juillet, RFI s’est embarqué à bord de l’Ocean Viking, le bateau de sauvetage affrété par l’ONG française SOS Méditerranée. Patrouillant dans les eaux internationales au large de la Libye, le navire humanitaire a effectué son premier sauvetage de l’été le 18 juillet, secourant 38 migrants principalement originaires d’Érythrée, du Soudan et de Somalie. Ces rescapés, sous un soleil de plomb, sans eau et quasiment à court de carburant, voguaient sur une barque de fortune, en fer rouillé, menaçant de chavirer à tout moment.

Sur le pont de l’Ocean Viking, les rescapés jouent aux cartes pour passer le temps, cherchant à oublier, ne serait-ce qu’un instant, les souvenirs douloureux de leur passé. Hadrob, 25 ans, vient d’un petit village en Érythrée. Il raconte : « J’ai fui le service militaire obligatoire. Là-bas, ils te recrutent de force. Tu ne peux plus voir ta famille. À 10 ou 11 ans, tu peux être mobilisé. Femme ou homme, tu n’as pas le choix, ils t’embarquent. » Après avoir fui vers le Soudan, Hadrob se retrouve dans un pays ravagé par la guerre, avant de tenter sa chance en Libye.

Une fois à Tripoli, il est capturé par une milice. « Au bout de sept jours à Tripoli, la Brigade 444 a débarqué de nuit. Ils sont venus avec six véhicules, tiraient en l’air, et nous ont menottés avant de nous envoyer en prison dans un grand camp militaire. » Dans cette prison, il y a plus de 400 personnes, dont beaucoup sont dans un état critique.

Les témoignages de migrants révèlent une réalité alarmante. Mahmoud, un jeune Soudanais, dépeint un tableau effrayant : « Ils exploitent les étrangers. Ils te promettent un départ vers l’Europe, mais rien ne se passe. D’autres te prennent ton argent, te font monter dans un bateau et ensuite ils te vendent aux autorités libyennes. »

Hamza, un autre migrant, évoque les sévices qu’il a subis en Libye. « J’ai été brisé en Libye. Une année s’est écoulée comme 100 ans. Il n’y a pas d’humanité en Libye. Quand j’ai pris la mer, je me suis convaincu que si les garde-côtes venaient, je me jetterais à l’eau. J’étais prêt à me tuer plutôt que d’être renvoyé là-bas. »

Fuyant des pays comme la Somalie, l’Érythrée ou le Soudan, ces exilés continuent de souffrir dans des pays de transit comme l’Égypte, la Tunisie et la Libye. Ces régimes autoritaires, qui bafouent les droits humains, reçoivent un soutien croissant des pays européens au nom de la lutte contre l’immigration clandestine.

Pour des raisons de sécurité, RFI a choisi de garantir l’anonymat des témoins, dont les prénoms ont été modifiés.

Source : RFI

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