Reportage : « C’est toi qui sais, je ne mets aucun mot à ta place » : au cœur du protocole NICHD
C’est un petit pavillon de deux étages, au portail recouvert de verdure. À Rennes, la « maison de protection des familles » passe presque inaperçue : pas de logo de la gendarmerie, pas de vigile à l’entrée. Elle se situe à l’écart de l’imposante caserne, sur le trottoir d’en face. Cette configuration vise à préserver et rasr ceux qui arrivent ici chaque jour. La majorité des visiteurs sont des enfants victimes venus pour être auditionnés par des gendarmes spécialisés. La Maison de protection des familles de Rennes accueille également des personnes vulnérables, telles que des personnes en situation de handicap ou des femmes victimes de violences, qui ont besoin d’un environnement apaisé.
Ce jour-là, un enfant attend son tour à l’étage, dans une salle très colorée, ornée de peluches et de jouets. Tout est fait pour apaiser et créer un cadre propice. « Un sas d’adaptation », explique l’adjudante-cheffe Cécile Peronnet, qui dirige les lieux. Quelques minutes plus tard, l’enfant sera conduit dans la « salle Mélanie », dédiée aux auditions. L’ambiance y est radicalement différente : une table en verre, deux chaises, des murs blancs. « Une salle neutre pour avoir les enfants les plus concentrés possible », précise Cécile Peronnet. Les détails sont pensés pour éviter toute distraction, comme la présence d’objets susceptibles de détourner l’attention de l’enfant.
L’objectif de ces auditions est de constituer un dossier « solide, qu’on ne peut pas remettre en question ». Pour cela, la méthode utilisée est celle du protocole NICHD (National Institute of Child Health and Human Development), une approche venue des États-Unis et du Canada. Ce protocole, qualifié de « révolution » par Cécile Peronnet, est désormais appliqué par la gendarmerie et la police pour auditionner les enfants et les adolescents.
« Quand on est formés à ce protocole, on oublie tous les écueils précédents », explique-t-elle. Le protocole se concentre sur l’invitation à s’exprimer, sans imposer des questions directes ou fermées. L’adjudante-cheffe insiste sur l’importance de ne pas « polluer » la parole de l’enfant, ni de projeter une interprétation de la situation. Ce cadre permet aussi de s’adapter aux spécificités des enfants, notamment en tenant compte de leur développement, qui peut être en retard en raison de maltraitances.
La formation des enquêteurs est cruciale. En mai 2026, le ministre de l’Intérieur a déclaré que 3 000 policiers et gendarmes avaient été formés à ce protocole depuis 2016, un chiffre jugé « perfectible ». Des parents ont exprimé des réserves sur l’efficacité du protocole, signalant que certains enfants ont pu rester mutiques lors des auditions. La méthode ne fonctionne pleinement qu’à partir de trois ou quatre ans, et certains agents de la police n’ont pas encore été formés, ce qui soulève des inquiétudes sur la qualité des auditions.
Le protocole NICHD, en permettant une approche adaptée et respectueuse, vise à garantir que les enfants puissent s’exprimer librement et de manière précise, afin de renforcer la qualité des enquêtes sur les abus.
Source : Franceinfo

