Les entreprises européennes se détournent de l’investissement au détriment des salariés et de la productivité
Un rapport élaboré pour la Confédération européenne des syndicats (CES) par l’économiste Mariana Mazzucato met en lumière une tendance préoccupante parmi les grandes entreprises européennes. Selon ce rapport, ces entreprises ne réinvestissent pas suffisamment leurs profits dans la production, préférant distribuer des dividendes, constituer des réserves financières et procéder à des rachats d’actions. Actuellement, le secteur des entreprises non financières en Europe génère davantage d’économies qu’il n’investit, avec un total de 2,28 billions d’euros économisés contre 2,18 billions d’euros d’investissement prévu en 2024. Les investissements nets ont chuté, passant de 18,9 % à 7,4 % du bénéfice brut.
Mazzucato, professeur à l’University College de Londres et spécialiste de l’investissement public, a analysé les données des 300 plus grandes entreprises d’Europe, représentant environ 40 % du PIB de l’UE. Elle souligne que la pression sur les salaires et les efforts de dérégulation pour améliorer la compétitivité des entreprises ne ciblent pas le véritable problème. Celui-ci réside dans l’utilisation du capital, qu’il s’agisse de profits, de dettes ou de subventions.
Les données révèlent que la médiane des revenus financiers des entreprises a été multipliée par trois entre 2021 et 2024. Une entreprise sur six tire plus de 10 % de ses profits des marchés financiers plutôt que de sa production. Les dividendes et les rachats d’actions ont plus que doublé, représentant désormais 68 % des bénéfices nets, contre 27 % précédemment. Par ailleurs, la taxation moyenne des entreprises en Europe a diminué, passant de 35 % à 21,2 %. Mazzucato explique que cette réduction de la charge fiscale n’a pas conduit à une augmentation des investissements, mais a plutôt libéré des fonds pour la distribution, qui ne profite pas aux salariés.
Concernant les travailleurs, leurs rémunérations n’ont augmenté que de 87 % entre 2000 et 2024, alors que les bénéfices bruts des entreprises ont crû de 151 %. La charge fiscale par travailleur a atteint 35,1 % en 2025, le niveau le plus élevé depuis 2016. Mazzucato note que les États taxent davantage ceux dont la part de richesse augmente le moins, tout en allégeant la charge de ceux dont les gains explosent.
Pour remédier à cette situation, Mazzucato propose d’imposer des conditions aux entreprises bénéficiant d’aides publiques, de développer une capacité d’investissement public pour stimuler l’investissement privé, et de favoriser une économie où toutes les parties prenantes, y compris les salariés, participent aux décisions sur l’utilisation des profits.
Esther Lynch, secrétaire générale de la CES, a exprimé des préoccupations similaires, affirmant que la déréglementation et les attaques contre les travailleurs ne feront qu’aggraver la situation. Selon elle, l’Europe doit viser des emplois de qualité, des investissements élevés et une productivité accrue pour réussir.
Source : Rapport de Mariana Mazzucato pour la Confédération européenne des syndicats (CES).


