C’est un carnage : les nouveaux maires d’extrême droite s’attaquent aux projets écolos
Carpentras (Vaucluse), reportage
« C’est un carnage. J’en suis malade. » Sous un soleil de plomb, Olivier Ceyte découvre l’ampleur du désastre dans un champ à quelques kilomètres à l’ouest de Carpentras. Des plantations clairsemées, mal entretenues, sont jalonnées d’herbes folles. « L’an dernier, à la même époque, nous avions de belles salades », montre-t-il sur son smartphone.
Ce vendeur de fruits et légumes de 56 ans, ancien adjoint aux jardins familiaux et à la régie agricole du précédent maire, Serge Andrieu (divers gauche), n’est plus élu. Hervé de Lépinau (Rassemblement national) a remporté en mars les clés de cette ville de 31 600 habitants. Depuis, il invoque l’endettement de la commune pour réduire les budgets : nouveau gymnase, festival de courts-métrages, planning familial… Les projets soutenus par l’ancienne équipe sont annulés.
À Carpentras, à Elne (Pyrénées-Orientales) et à Saint-Hilaire-de-Brethmas (Gard), trois communes dirigées par des maires d’extrême droite, les réalisations et projets écologiques sont particulièrement ciblés.
À Carpentras, des champs à l’abandon
Le nouveau maire a supprimé la régie agricole créée sous son prédécesseur, sur 6,5 hectares de terrains légués par la commune voisine de Monteux. « L’idée était qu’elle alimente en produits bios les cantines de la ville. La régie fournissait 25 % des 1 600 repas servis aux écoliers, et l’objectif était d’arriver à 100 % », explique Michel Blanchard, ex-élu chargé des cantines.
1,5 hectare était déjà exploité, mais les serres en cours d’installation sont désormais à l’abandon. « On faisait découvrir le goût des salades et des tomates à des enfants qui n’en mangeaient pas chez eux », dit Michel Blanchard.
Joris Varjabedian, directeur de cabinet du maire, affirme que « l’exploitation fonctionnait à 20 % de ses capacités ». Selon lui, « le prix de revient des légumes était totalement délirant, de l’ordre de 15 euros le kilo ».
Le maire RN promet de « faire mieux, plus grand et plus efficace » en mettant ces champs en « fermage auprès d’un jeune agriculteur professionnel ». Il as que « la moitié de la surface sera cultivée en bio, avec une production destinée aux cantines scolaires de Carpentras ».
Un jardin planté par des enfants délaissé
À Elne, une commune de 9 500 habitants, les dix potagers urbains et jardins-forêts, initiés par l’ancien maire communiste, sont menacés. Le nouveau maire, Steve Fortel, a rompu les liens avec l’association Slow Food Pays catalan, qui soutenait le projet.
« Quand il m’a reçue, le maire m’a expliqué que ces jardins étaient “utopistes” », raconte Claire Mauquié, coordinatrice de l’association. Son souhait est de « remettre du stationnement et du vrai ombrage, avec de grands arbres ». Certains jardins, comme celui devant l’école Françoise-Dolto, pourraient être conservés.
« Quand les enfants vont rentrer de vacances, tout aura crevé », prédit Claire Mauquié, qui souligne que la nouvelle majorité n’a pas installé de paillage ni de système d’irrigation.
Dans le Gard, un écoquartier enterré
Près d’Alès, un projet d’écoquartier porté par l’ancien maire divers gauche a été abandonné par le nouvel édile d’extrême droite de Saint-Hilaire-de-Brethmas. D’un montant de 11 millions d’euros et subventionné à hauteur de 3 millions d’euros, le projet promettait une empreinte carbone réduite et une biodiversité inclusive.
Le nouveau maire, Gaël Mancuso, considère que le coût de construction était trop élevé et préfère trouver un promoteur pour construire un lotissement à taille humaine.
Les changements opérés par ces nouveaux maires d’extrême droite mettent en lumière un recul des initiatives écologiques dans ces communes, suscitant des inquiétudes quant à l’avenir de ces projets.
Source : Reporterre


