« Nouvelle orientation géopolitique franco-marocaine : ouverture vers les provinces du sud. »

Nouvelle orientation géopolitique franco-marocaine : ouverture vers les provinces du sud

Le partenariat d’exception, renforcé, entre la France et le Maroc a vu le jour en 2024, avec le renouveau des relations entre les deux pays. Le président français fut reçu à Rabat dans le cadre d’une visite d’État. Emmanuel Macron a acté, à cette occasion, la pleine reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Cette nouvelle orientation ouvre la porte à une coopération très large et structurée. La rencontre de Haut-niveau entre les deux premiers ministres, le 16 juillet, a fourni le cadre d’une nouvelle étape politique et économique vers les provinces du sud.

L’année 2026 a déjà commencé avec des rencontres politiques importantes entre Paris et Rabat. Début février, Gérald Darmanin, ministre de la Justice, s’est rendu en visite officielle à Casablanca et Rabat. Il a pu y rencontrer son homologue, Abdellatif Ouahbi, ainsi que le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit. Trois sujets principaux figuraient à l’ordre du jour : la lutte contre le narcotrafic, le crime organisé transnational, et l’accélération des extraditions.

Trois mois plus tard, le ministre français des Affaires Étrangères s’est rendu à Rabat dans le cadre d’une conférence internationale sur la réforme des opérations de maintien de la paix de l’ONU. Ce fut l’occasion d’aborder la coopération France-Maroc comme moteur de réforme, avec une réunion, en juillet, des deux premiers ministres.

Les rencontres de Haut-niveau

Ces rencontres, parfois appelées commissions mixtes ou séminaires gouvernementaux bilatéraux, sont un format diplomatique particulier mis en œuvre par la France avec un nombre limité de partenaires stratégiques. La rencontre de Haut-niveau est co-présidée par les deux chefs de gouvernement et réunit une dizaine de ministres de chaque pays, permettant de couvrir de nombreux domaines et de fixer les priorités pour les années à venir. Elle aboutit logiquement à la signature d’accords structurants de coopération.

La Rencontre de Haut-niveau du 16 juillet à Rabat

La 15ème rencontre de Haut-niveau entre le Maroc et la France s’est déroulée neuf ans après la précédente. Cette longue période d’interruption marque à la fois la distanciation des relations pendant une partie de ces années et l’importance accordée par les deux pays à sa tenue et à ses conclusions.

Plus d’une dizaine d’accords ont été conclus, couvrant les domaines des transports, de la logistique, de l’agriculture, de la pêche, de l’industrie et de la sécurité. Ils visent particulièrement à réaliser un changement d’échelle dans la relation bilatérale.

Trois projets sont particulièrement visibles. La liaison ferroviaire à grande vitesse entre Kénitra (côte atlantique) et Marrakech, prolongeant la LGV depuis Tanger, a fait l’objet d’un financement confirmé par un protocole signé par les deux ministères des Finances et l’Agence Française de Développement (AFD). Un autre projet concerne le RER à Rabat-Salé, destiné à désengorger une agglomération en pleine croissance, pour lequel l’AFD a signé une convention de prêt pour sa construction. Enfin, un plan global pour la modernisation de la gestion de l’eau a été annoncé, avec des signatures entre les ministères des Affaires Étrangères et de l’Économie, ainsi que l’AFD.

Implication et engagements dans les provinces du sud

Dans la continuité de la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara Occidental, la France s’engage dans le développement économique de cette vaste région. La France est au cœur du corridor Atlantique et de sa logistique portuaire vers l’Afrique de l’Ouest, avec des projets marocains d’hydrogène vert et de sécurité alimentaire, notamment dans l’agriculture en culture aride.

L’implication de l’AFD dans les provinces du sud permet aux entreprises françaises d’investir sans ambiguïté juridique dans ces vastes territoires, représentant 50 % de la superficie de la France. Son rôle dans la politique nationale de l’eau touche directement les besoins en dessalement des principales villes du sud, comme Laâyoune et Dakhla, et la gestion des nappes fossiles.

Le développement des infrastructures portuaires à Laâyoune et Dakhla constitue un impératif de développement régional, avec des accords entre le CEREMA et l’institut supérieur d’études maritimes pour accompagner ces projets. Ce rapprochement stratégique entre la France et le Maroc démontre que la diplomatie économique peut apporter la paix et le développement à des régions exposées à des situations de conflit.

Source : Gérard Vespierre, Analyste géopolitique, www.le-monde-decrypte.com

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