Laisser brûler une forêt qu’on a mis un siècle à boiser : la colère des habitants après l’incendie de Freissinières et l’Argentière-la-Bessée
De nombreux habitants ne comprennent toujours pas les raisons du déclenchement tardif des secours sur l’incendie du Bois Noir, dans les Hautes-Alpes. Le massif a été frappé par la foudre dans la nuit du 14 au 15 juillet. Le feu a été fixé deux semaines plus tard.
Dans un contexte de polémique sur les moyens à disposition en France pour faire face aux risques d’incendie toujours plus importants, la situation vécue sur le secteur du Bois Noir, à L’Argentière-la-Bessée et Freissinières, fait figure d’exemple.
En cette fin juillet, le massif, frappé par la foudre lors de la fête nationale, est au centre de toutes les attentions. Les moyens étaient-ils suffisants ? Ont-ils été déployés assez vite ? Pour comprendre ce qui fait aujourd’hui débat, un retour sur les moyens mobilisés s’impose.
Pendant cinq jours, les sapeurs-pompiers limitent leur action à des opérations de surveillance. Les premières fumerolles avaient été identifiées dès le 15 juillet. Depuis le 20 juillet, des moyens de lutte anti-feu ont été diligentés par la préfecture des Hautes-Alpes, les collectivités, et les sapeurs-pompiers du département et des départements voisins. Jusqu’à 200 sapeurs-pompiers, deux hélicoptères légers bombardiers d’eau, un hélicoptère Puma et un avion bombardier d’eau type Dash ont été engagés. Des routes départementales ont été coupées plusieurs jours, et six hameaux ont été évacués.
La préfecture des Hautes-Alpes a communiqué quotidiennement sur l’état du feu et des interventions, saluant à plusieurs reprises l’ensemble des personnes engagées, y compris des habitants et des agriculteurs mobilisés pour stopper l’incendie.
Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les interrogations et critiques se multiplient. Un habitant de Freissinières a déclaré que « une intervention aérienne rapide, notamment par hélicoptère bombardier d’eau, aurait peut-être permis de contenir le feu dès son origine ». Déplorant des moyens insuffisants, il a constaté que le feu s’était aggravé et se dirigeait vers Freissinières, menaçant la sécurité des habitants.
Arsenii Novikov, alpiniste aguerri, a témoigné d’un contact avec le centre opérationnel des pompiers, qui leur a répondu qu’ils n’avaient pas de moyens pour intervenir. Les deux amis ont alors lutté pendant trois heures pour éteindre les plus gros foyers.
Le 27 juillet, la préfecture a annoncé que le feu était désormais fixé. Près de 15 jours après l’orage qui a déclenché l’incendie, Isabelle Sabater, gérante d’une distillerie, a pu reprendre son activité. Elle a montré des vidéos filmées durant les deux jours critiques, indiquant que les pompiers avaient déclaré que le feu était « sous contrôle ».
Les habitants expriment leur incompréhension face à la gestion des secours. Isabelle Sabater a déclaré : « On avait l’impression qu’ils attendaient que le feu descende au niveau des pompiers pour pouvoir intervenir. Pour nous c’est l’incompréhension, laisser brûler une forêt qu’on a mis à peu près un siècle à boiser. » Jean-Pierre Gayet, un autre habitant, a souligné que le coût des interventions aurait pu être évité si le feu avait été maîtrisé plus tôt.
Le maire de Freissinières, Cyrille Drujon d’Astros, a demandé des explications à la Préfecture. Une réunion de retour d’expérience est planifiée pour début septembre avec toutes les parties prenantes, car « les habitants ont droit à des réponses ».
Source : France 3 Régions


