Transhumance des maires : La loi portée par Amadou Ba au cœur d'une vive polémique

Transhumance des maires : La loi portée par Amadou Ba au cœur d’une vive polémique

Le député Amadou Ba a suscité une vive réaction dans le paysage politique sénégalais avec sa proposition de loi, divulguée sur Facebook, qui prévoit la perte de mandat pour tout maire changeant de camp politique, soulignant ainsi les enjeux de confiance envers les élus.

Un simple post Facebook a suffi à mettre le feu aux poudres. Publié hier par le député Amadou Ba, membre de PASTEF, l’annonce d’une future proposition de loi visant à sanctionner la transhumance des maires a provoqué une onde de choc dans le Landerneau politique sénégalais.

Le principe défendu par Amadou Ba

Le texte envisagé par le député est sans ambiguïté : « Tout maire qui rejoint une formation politique différente de celle qui l’a élu perd son mandat. » Ce projet est présenté comme une « proposition de loi de moralisation de la vie politique et du respect du suffrage universel ». Amadou Ba justifie sa démarche en s’appuyant sur l’article 60 de la Constitution, qui prévoit que tout député démissionnant de son parti en cours de législature est automatiquement déchu de son mandat. Pour lui, cette philosophie anti-transhumance doit également s’appliquer aux maires, qu’il décrit comme une « tache noire de notre démocratie ».

La réplique de Coumba Ndoffene Diouf

La proposition n’a pas tardé à susciter des réactions, y compris au sein de la mouvance présidentielle. Coumba Ndoffene Diouf, chargé de mission à la Présidence de la République, a jugé la proposition « séduisante sur le plan moral », mais a souligné plusieurs écueils démocratiques et juridiques. Pour lui, le mandat appartient d’abord aux citoyens : « Un maire est élu par les populations de sa commune. Lui retirer automatiquement son mandat parce qu’il change de formation politique revient à retirer aux électeurs le pouvoir qu’ils lui ont confié. »

Il a également évoqué un risque de restriction des libertés fondamentales, affirmant que chaque citoyen doit pouvoir adhérer ou quitter un parti sans être privé de ses droits politiques. Il propose plutôt que les électeurs sanctionnent les maires lors des élections suivantes en cas de trahison de leur programme.

Papa Ibrahima Senghor dénonce une « dérive antidémocratique »

Papa Ibrahima Senghor, ancien membre du Mouvement national des cadres patriotes, a qualifié la proposition de « dérive antidémocratique », affirmant qu’un maire n’est pas le salarié d’un parti politique, mais l’élu des citoyens. Il met en garde contre les dérives d’un tel système, qui pourrait reléguer les électeurs au second plan.

Senghor rappelle que dans une République, la souveraineté appartient au peuple, et non aux partis politiques. Il conclut que la seule sanction légitime doit venir des urnes, et non d’une confiscation automatique du mandat.

Conclusion

Au-delà du débat sur la transhumance municipale, cette controverse met en lumière des lignes de fracture au sein du camp présidentiel concernant la loyauté politique. Reste à voir si la proposition de loi d’Amadou Ba franchira les étapes nécessaires pour arriver devant l’Assemblée nationale, dans un climat politique marqué par des positions opposées, y compris parmi les partisans du pouvoir.

Source : Senenews

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