La longue marche du foot féminin dans le monde arabe

La longue marche du football féminin dans le monde arabe

La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) féminine 2026 débute le 26 juillet au Maroc. Parmi les 16 équipes participantes, trois proviennent du monde arabe : le Maroc, l’Algérie et l’Égypte. Dans cette région, être une femme footballeuse reste un défi, mais une évolution significative est en cours.

Jusqu’au 16 août, le Maroc accueillera la 14e édition de la CAN féminine. Bien que le royaume soit reconnu pour son football masculin, les performances de son équipe nationale féminine, considérée comme l’une des meilleures d’Afrique, sont encore peu médiatisées. Si le football féminin s’est intégré dans le paysage sportif occidental, son développement dans le monde arabe est plus complexe mais bien amorcé.

En 1995, Sepp Blatter, alors président de la FIFA, déclarait : « La femme est l’avenir du football ». Trente ans plus tard, le monde arabe a fait d’énormes progrès pour permettre aux femmes de jouer au football. Historiquement, ce sport était réservé aux hommes, et des traditions culturelles demeurent un frein, surtout en dehors des grandes villes. Raphaël Le Magoariec, docteur en géopolitique à l’université de Tours, souligne que « c’est le caractère tribal, et non religieux, qui influence l’accès des femmes aux terrains sportifs ».

Le sport comme vecteur d’émancipation

L’émancipation des femmes dans le monde arabe passe en partie par le sport, qui est lié à l’éducation. Le développement du sport féminin est souvent parallèle à l’amélioration de l’accès à l’enseignement. « Dans chaque pays, lorsque le sport féminin se développe, c’est souvent grâce à un mouvement d’en haut qui favorise un système éducatif », précise Le Magoariec.

Dans le Maghreb, le football féminin a une histoire plus ancienne, avec des ligues féminines établies au Maroc, en Algérie et en Tunisie. En Égypte, où la ligue féminine a été lancée en 1998, le football féminin se démocratise et bénéficie d’une couverture médiatique croissante depuis 2024, bien que les investissements restent inférieurs à ceux du football masculin.

Les changements en cours révèlent une évolution des mentalités envers le football féminin, partiellement influencée par les règles de la FIFA, qui exigent des clubs de grandes envergures qu’ils alignent des équipes féminines pour obtenir des licences professionnelles. Sahar el-Hawary, ancienne membre de la Fédération égyptienne de football, a joué un rôle clé dans cette dynamique.

Initiatives personnelles et étatiques

En Palestine, reconnue par la FIFA depuis 1998, la première équipe nationale féminine a été créée en 2003, grâce à Honey Thaljjieh. En Jordanie, le prince Ali ben al-Hussein a également soutenu la création d’une équipe féminine, contribuant à la construction de stades et à l’établissement de centres d’entraînement.

Dans la péninsule arabique, le football féminin gagne du terrain, bien que les contextes sociaux varient. Bahreïn a été le premier pays de la région à établir une équipe nationale en 2003, suivi des Émirats arabes unis et du Qatar. En Arabie saoudite, le sport féminin a connu un développement tardif, avec la formation d’une sélection nationale en 2021.

Conclusion

Le terrain de football représente une opportunité d’émancipation historique pour les femmes dans le monde arabo-musulman. Bien que des progrès aient été réalisés, le football féminin ne constitue pas encore un mouvement populaire dans la société arabe. Cependant, de nombreuses joueuses évoluent désormais dans des clubs européens, témoignant des talents présents dans la région.

Source : Foot et monde arabe : la révolution du ballon rond, sous la direction de Clémente Ruiz Aurélie, éditions HAZAN.

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