La Chine continuera-t-elle à dominer le marché mondial des terres rares ?

La Chine continuera-t-elle à dominer le marché mondial des terres rares ?

Alors qu’aucun producteur ne détient plus de 15 % du commerce mondial de pétrole, la Chine s’est assurée en une trentaine d’années environ 70 % de l’exploitation mondiale des terres rares. Elle contrôle également au moins 90 % du raffinage et 95 % de la fabrication d’aimants, deux maillons indispensables à la miniaturisation industrielle moderne. Cette hégémonie chinoise commence à peine à être remise en cause par les États-Unis et les Européens, qui peinent à rattraper leur retard d’investissement.

Les terres rares, comprenant des éléments tels que le néodyme, le samarium et le dysprosium, sont essentielles dans des secteurs variés, allant des énergies renouvelables aux technologies médicales. Bien que ces éléments soient relativement abondants dans la croûte terrestre, leur extraction et leur raffinage restent complexes et coûteux. Le marché mondial des terres rares est estimé à 8,5 milliards d’euros, mais leur importance stratégique est indéniable.

La Chine a sciemment constitué son monopole

La Chine détient 35 à 40 % des réserves mondiales de terres rares, évaluées entre 100 et 120 millions de tonnes. En comparaison, le Vietnam et le Brésil détiennent chacun 15 à 20 %, tandis que la Russie possède 10 à 15 %. Les pays de l’OCDE, comprenant l’Australie, le Canada et les États-Unis, ne représentent qu’environ 7 % des réserves mondiales. En 2024, la Chine devrait produire 68 % des terres rares, loin devant les États-Unis (11 %) et la Birmanie (8 %), selon l’USGS. Sa domination est accentuée par un quasi-monopole dans le raffinage, avec plus de 90 % des capacités mondiales.

Cette situation a des répercussions directes sur l’industrie mondiale, car presque toutes les terres rares extraites doivent transiter par la Chine avant d’être intégrées dans les produits finis. La Chine a également racheté des entreprises clés, comme Magnequench, pour renforcer sa position sur le marché.

Pékin n’autorise les exportations que sous licence

En avril 2025, la Chine a imposé des licences strictes pour l’exportation de sept catégories de terres rares. Cette décision a eu des conséquences immédiates sur des secteurs tels que l’automobile et l’énergie, en raison de la pénurie d’aimants permanents essentiels. Les règles en place visent à préserver l’accès national à des ressources critiques, renforçant ainsi la position de la Chine dans la négociation avec d’autres puissances industrielles.

Réactions des pays occidentaux

Face à cette domination, les États-Unis et l’Europe ont décidé de réagir en développant des politiques d’aide à l’exploration, à la production et au raffinage. Cependant, les investissements restent insuffisants. Les estimations évaluent les investissements chinois dans ce secteur à environ 100 milliards de dollars, incluant des subventions et des financements d’infrastructures. En comparaison, les États-Unis investissent entre 12 et 15 milliards de dollars pour les terres rares, tandis que l’Europe a mobilisé environ 3 milliards d’euros via l’initiative RESourceEU.

La viabilité économique des alternatives occidentales est mise à mal par des coûts de production plus élevés, exacerbés par des normes environnementales strictes.

En somme, la domination de la Chine sur le marché des terres rares semble difficile à contester à court terme, et les efforts des États-Unis et de l’Europe pour réduire leur dépendance sont encore loin d’être suffisants.

Source : Revue Conflits

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *