Guerre, canicules : les majors pétrolières en route vers des bénéfices records
Portés par la flambée des prix du brut et des effets de rattrapage, les géants pétroliers tels qu’ExxonMobil et TotalEnergies pourraient cumuler 45 milliards de dollars de bénéfices au deuxième trimestre 2026. Cette accélération spectaculaire ravive le débat sur la taxation des surprofits.
Cette semaine, les publications trimestrielles d’ExxonMobil et de Chevron sont attendues. Cependant, la véritable nouvelle réside dans le constat que la guerre en Iran et les canicules estivales ont favorisé la rente fossile au profit des majors du pétrole.
Selon les projections de l’ONG Oxfam, les six géants du secteur (BP, Chevron, Eni, ExxonMobil, Shell et TotalEnergies) devraient afficher pour le seul deuxième trimestre 2026, pas moins de 45 milliards de dollars de profits nets cumulés. Il y a trois mois, cette prévision s’élevait à 23 milliards.
Sur l’ensemble de l’année 2026, la trajectoire prévue pour ces groupes pointe vers un gain global de 147 milliards de dollars, un montant supérieur à tous leurs profits accumulés entre le deuxième trimestre 2024 et la fin de l’année 2025. À ce rythme, au cours du trimestre qui s’achève, ExxonMobil pourrait avoir engrangé l’équivalent de 1 800 dollars par seconde, et Chevron 1 200 dollars par seconde.
Pourquoi cette rente de guerre revient plus vite que prévu
Le mécanisme est classique : dans un premier temps, lorsque les cours mondiaux s’emballent, les groupes absorbent les contrecoups de leurs contrats de couverture et essuient des perturbations opérationnelles. Le rattrapage s’opère lors des livraisons réelles et du règlement physique des barils.
C’était précisément le diagnostic posé par ExxonMobil lors de la présentation de ses résultats du premier trimestre 2026, où le groupe avait affiché un bénéfice net de 4,2 milliards de dollars, signalant des effets de timing temporaires, censés s’inverser au trimestre suivant.
Le paradoxe européen : taxer les surprofits tout en finançant encore les fossiles
Face à cette santé financière retrouvée, le malaise européen se manifeste à travers des chiffres officiels : 136 milliards d’euros de subventions aux combustibles fossiles ont été distribués dans l’Union européenne en 2022, contre 60 milliards en 2021. Bien qu’un reflux se soit engagé, sa lenteur interpelle. La Commission européenne a reconnu qu’une large part de ces aides publiques était encore en vigueur à la fin de l’année 2023.
L’Europe se retrouve ainsi à débattre d’une taxation des « profiteurs de crise » tout en demeurant prise au piège d’un modèle de soutien direct aux hydrocarbures construit pendant la crise énergétique. L’OCDE a recensé plus de 1 700 transferts budgétaires publics et dépenses fiscales au profit des producteurs et consommateurs de combustibles fossiles, répartis dans 82 économies.
Une taxe existe dans le débat, pas encore dans le rapport de force
Pourtant, la pression politique s’intensifie. Oxfam estime qu’une taxe mondiale sur les profits des géants du charbon, du pétrole et du gaz pourrait générer 400 milliards de dollars dès sa première année d’application. Cette somme serait suffisante pour couvrir l’intégralité des besoins annuels d’adaptation climatique des pays à revenu faible et intermédiaire, évalués entre 310 et 365 milliards de dollars par an d’ici à 2035.
L’idée de cette taxe progresse dans les gouvernements européens, comme en témoigne une lettre signée par les ministres de l’Économie et des Finances d’Italie, d’Allemagne, d’Espagne, du Portugal et d’Autriche, demandant officiellement une nouvelle taxe sur les profits énergétiques.
Reste à savoir si cette volonté affichée se traduira en actions concrètes, alors que les six grands groupes s’apprêtent à enregistrer des gains annuels supérieurs à tout ce qu’ils avaient amassé entre le deuxième trimestre 2024 et la fin de l’année 2025.
Source : Oxfam
