L’eau que l’on veut stocker à grands frais n’arrose qu’à la marge nos assiettes
À la Ferme de l’Envol, située dans l’Essonne, les agriculteurs ont observé des effets dévastateurs de la canicule sur leurs cultures. En juin 2026, quatorze jours de forte chaleur ont causé l’avortement des fleurs et la montée en graines prématurée des salades. Pour tenter de sauver une partie des légumes, le réseau d’eau potable a été ouvert, mais fin juillet, aucune courge n’était en formation dans les champs.
Cet été n’est pas un incident isolé. Juin 2026 a été le mois le plus chaud jamais enregistré en France, avec une température moyenne de 3,8 °C au-dessus des normales. Les projections de l’Institut national de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement (Inrae) et de Météo-France prévoient une diminution des débits d’été des rivières de 20 à 40 % dans un scénario de réchauffement climatique de +4 °C. L’agriculture consomme 58 % de l’eau utilisée dans le pays, principalement en été, lorsque les rivières sont à leur niveau le plus bas.
Face à cette situation, le réflexe des agriculteurs est souvent de stocker l’eau. Cependant, cette approche peut être problématique. Les mégabassines, qui se remplissent en pompant l’eau des nappes phréatiques pendant l’hiver, pourraient devenir moins fiables à me que les hivers se réchauffent et que les niveaux d’eau baissent. Selon la Cour des Comptes, il est crucial de planifier une réduction des prélèvements d’eau plutôt que de subir une crise.
La question fondamentale ne devrait pas être combien d’eau stocker, mais pour quelle utilisation. Actuellement, la culture la plus irriguée en France est le maïs, représentant 38 % des surfaces irriguées, principalement pour l’alimentation animale. Cela signifie que l’eau stockée n’arrose que marginalement les cultures destinées à l’alimentation humaine.
La Ferme de l’Envol a démontré qu’un autre modèle est possible. En adoptant un système de polyculture et d’élevage, ses besoins en eau ont été réduits de 225 000 mètres cubes à 53 000 mètres cubes par an. Les pratiques agricoles durables, telles que la couverture permanente du sol et l’ombrage des cultures, permettent de conserver l’eau de pluie.
Il est essentiel de prendre en compte la diversité des cultures pour asr la résilience face aux événements climatiques extrêmes. La ferme a cultivé une variété de légumes, limitant l’impact des pertes dues à la chaleur. Cela illustre que des choix agricoles réfléchis peuvent réduire la dépendance à l’irrigation.
Ainsi, chaque mètre cube d’eau stocké et chaque euro investi doivent répondre à une question cruciale : pour quelle assiette ?
Source : Paul Charlent, Ferme de l’Envol (Essonne)
