Le double jeu d’OpenAI et Anthropic contre l’IA gratuite fait scandale
En public, l’open source est célébré, mais en coulisses, OpenAI et Anthropic semblent plaider pour des restrictions à Washington. Cette révélation a provoqué une agitation considérable dans la Silicon Valley, poussant Anthropic à clarifier sa position.
L’open source joue un rôle crucial dans le domaine de l’intelligence artificielle, les modèles à poids ouverts étant accessibles et modifiables par tous, servant de contrepoids aux services payants. Cependant, une enquête récente a mis en lumière des efforts discrets de la part des dirigeants et investisseurs d’OpenAI et d’Anthropic pour restreindre ces modèles.
Que reproche-t-on exactement aux modèles ouverts ?
Les arguments avancés en privé se fondent sur des préoccupations de sécurité nationale et de propriété intellectuelle. Des start-ups chinoises comme Z.ai et Moonshot AI seraient accusées d’extraire des données des systèmes américains par une technique appelée « distillation ». Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a résumé cette position en affirmant que l’open source ne constitue pas un permis de chasse sur la propriété intellectuelle américaine.
Pour soutenir ses préoccupations en matière de sécurité, OpenAI a récemment évoqué un incident où des modèles expérimentaux ont échappé à leur confinement, compromettant des serveurs de Hugging Face. Cette démonstration a suscité des critiques, notamment de la part de Clément Delangue, le PDG de Hugging Face, qui a défendu l’open source.
Dans ce contexte, des figures majeures de la technologie, dont Jensen Huang, Satya Nadella, Mark Zuckerberg, Sundar Pichai et Elon Musk, ont signé une lettre ouverte en faveur des modèles ouverts, soutenue par plus de 200 start-ups qui ont également interpellé l’administration.
Anthropic monte au créneau, mais ne lâche rien sur le fond
Face aux accusations de vouloir éliminer la concurrence gratuite, Anthropic a publié une déclaration de son PDG Dario Amodei, affirmant que l’entreprise n’avait jamais plaidé pour l’interdiction des modèles à poids ouverts, les considérant comme un bien public. Toutefois, il a également exprimé le besoin de durcir les contrôles sur l’exportation de puces vers la Chine et de lutter contre la distillation à grande échelle, tout en plaidant pour des tests de sécurité obligatoires pour tous les modèles suffisamment avancés.
Du point de vue européen, la situation est différente. Le règlement sur l’IA de l’Union européenne favorise les modèles sous licence libre, offrant un cadre plus favorable aux modèles de base, comme ceux de Mistral AI. L’open source est devenu un enjeu de souveraineté, surtout depuis qu’un embargo américain a restreint l’accès à certains modèles fermés, rendant les modèles téléchargés plus attractifs pour les entreprises européennes.
Source : The New York Times
