Jeff Bezos veut lancer des serveurs pour l'IA dans l'espace : les scientifiques s'inquiètent face à une nouvelle pollution du ciel

Jeff Bezos veut lancer des serveurs pour l’IA dans l’espace : les scientifiques s’inquiètent face à une nouvelle pollution du ciel

Des organisations de défense de l’environnement ont demandé, en juillet 2026, au régulateur américain des télécommunications de suspendre les projets d’usines informatiques en orbite portés par SpaceX, Blue Origin et d’autres entreprises. Ces géants du numérique envisagent de contourner le manque d’électricité et d’espace qui limite leurs fermes de serveurs au sol. Les centres de données spatiaux promettent une énergie solaire ininterrompue, mais leurs détracteurs craignent une pollution durable de la haute atmosphère.

Des serveurs propulsés en orbite pour nourrir l’IA

L’idée repose sur une contrainte physique : dans l’espace, le Soleil brille sans interruption, ce qui permet un approvisionnement énergétique quasi continu. De plus, le vide spatial facilite l’évacuation de la chaleur générée par les processeurs. Jeff Bezos considère cette proposition comme réaliste et imagine, d’ici dix ans, des installations d’un gigawatt, équivalentes à la consommation électrique d’une grande ville, orbitant autour de la Terre.

Le calendrier de mise en œuvre suscite des débats. Le fondateur de Blue Origin estime que les délais de deux à trois ans avancés par certains sont « un peu ambitieux ». Son entreprise a déposé, début 2026, un projet intitulé Project Sunrise auprès de la Commission fédérale des communications, prévoyant 51 600 satellites-serveurs en orbite basse. Une autre société, Cowboy Space Corporation, projette de lancer 20 000 engins dès 2028.

Ce que les centres de données spatiaux feraient au ciel

L’orbite terrestre se peuple rapidement. Le nombre de satellites actifs est passé d’environ 1 400 en 2015 à près de 15 000 aujourd’hui, avec une projection atteignant 100 000 d’ici dix ans, sans compter les nouveaux serveurs. À eux seuls, Starlink et le réseau d’Amazon pourraient bientôt compter près de 10 000 satellites. Chaque engin réfléchit une partie de la lumière solaire, altérant les images des astronomes et contribuant à une pollution lumineuse déjà problématique pour les insectes, y compris les lucioles et les papillons de nuit.

Une pollution qui finit par retomber

Chaque lancement de fusée laisse une empreinte chimique. Les fusées et les retours dans l’atmosphère libèrent de la suie noire, de l’aluminium, de l’azote et des composés chlorés. Ces rejets peuvent atteindre la haute atmosphère, où la couche d’ozone joue un rôle crucial en filtrant les ultraviolets. De plus, chaque satellite a une durée de vie limitée, fonctionnant généralement entre cinq et quinze ans, avant de brûler lors de sa rentrée, dispersant ainsi des métaux dans la stratosphère.

Trois associations ont saisi la justice pour obtenir des éclaircissements. Public Employees for Environmental Responsibility, Earthjustice et DarkSky International expriment des inquiétudes concernant l’absence de régulations. Selon Cole Donovan, un expert consulté, ces satellites nécessiteraient des métaux rares déjà en forte demande, dont l’extraction nuit à l’environnement.

Des études ont déjà détecté des métaux piégés dans les aérosols acides de la stratosphère, sans que leur impact soit clairement compris. Pour Steve Volz, ancien responsable des satellites à l’agence océanique et atmosphérique américaine, il est préférable d’éviter de « remplir l’atmosphère de déchets », même si les engins se consument lors de leur rentrée. Une évaluation des effets sur la couche d’ozone sera donc nécessaire avant que les premiers serveurs ne soient lancés.

Source : The Guardian

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