La tendance s’est inversée : au Christine Cinéma Club, les films cultes attirent un nouveau public jeune dans les salles obscures

À l’occasion de la projection, dimanche dernier, de Thelma et Louise, sorti en 1991, le cinéma club du 6e arrondissement de la capitale a accueilli en majorité des étudiants.

Entre éclats de rire, silences suspendus et un final à couper le souffle, le public venu découvrir ou redécouvrir Thelma et Louise au Christine Cinéma Club, havre du 6e arrondissement parisien, a passé par toutes les émotions. Sorti il y a 35 ans, le film de Ridley Scott, dans lequel deux femmes, jouées par Geena Davis et Susan Sarandon, partagent une cavale à travers les États-Unis, n’a pas pris une ride.

À la sortie de la projection, les spectateurs, majoritairement âgés entre 17 et 26 ans, cinéphiles comme néophytes, échangent sur le chemin du retour. Émilie, 26 ans, habituée de ce cinéma indépendant qui ne programme que des films anciens, se réjouit : « Je viens toutes les semaines. C’est génial de voir de plus en plus de gens de mon âge. »

Si la plupart connaissent déjà l’histoire, d’autres comme Matéo, 17 ans, fraîchement diplômé du baccalauréat, la découvrent pour la première fois : « J’ai adoré le côté summer du film parfait pour les vacances. Il parle de problématiques fortes comme la manière dont les viols sont considérés par la justice et l’importance de la parole des victimes. »

Précurseur du female gaze (regard féminin) au cinéma, le film séduit le jeune public par sa dimension intemporelle grâce aux enjeux d’émancipation et de rébellion féminine qu’il aborde, toujours présents dans notre société. « C’est important de connaître et comprendre les films d’hier pour apprécier ceux d’aujourd’hui, » souligne Emma, 19 ans, étudiante en cinéma à Paris.

Quentin Paliwoda, programmateur du Christine Cinéma Club, constate une hausse de l’intérêt des jeunes pour les films cultes. « Les réseaux sociaux nous ont offert un second souffle, » déclare-t-il, évoquant une culture de la cinéphilie qui se propage grâce aux plateformes numériques. Parmi les projections de ce cinéma indépendant, Thelma et Louise est l’un des coups de cœur : « C’est une valeur sûre. Nous le programmons depuis plus d’un an chaque semaine. »

La récente mise en avant du film à l’affiche du Festival de Cannes en 2026 a aussi contribué à relancer l’engouement autour de ce road movie des années 1990.

Selon une étude du CNC, la fréquentation des jeunes de 18 à 24 ans dans les salles de cinéma a légèrement augmenté après la pandémie, passant de 30 % en 2019 à 40 % en 2021. Quentin Paliwoda remarque une évolution frappante : « Après le Covid, on a perdu notre public âgé. En 2019, nos meilleures séances étaient celles de l’après-midi. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée. Les jeunes viennent en majorité aux projections du soir. »

Le Christine Cinéma Club a enregistré plus de cent mille entrées en 2025, un chiffre exceptionnel pour un cinéma indépendant. « En 2015, nous étions obligés de fermer l’été. Aujourd’hui, le mois d’août est un très bon mois, » se souvient-il.

La plupart des jeunes spectateurs viennent également pour profiter des tarifs abordables des entrées à seulement 6 euros pour les moins de 26 ans. Situé à proximité des universités et du Quartier latin, le site devient un lieu de rendez-vous idéal pour les étudiants.

Cependant, si la fréquentation du cinéma s’est élargie à un public plus jeune, les classes sociales peinent à se diversifier. Émilie déclare : « On est dans un entre-soi de bobos parisiens qui viennent d’un milieu aisé. C’est dommage que ça ne soit pas plus ouvert car les vieux films ont plein de choses à nous dire sur la société. »

Source : Franceinfo

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