Les microvacances remplacent-elles les longues vacances ?
Partir moins longtemps, mais plus souvent. Entre le coût des voyages, les horaires flexibles et le télétravail, certains travailleurs choisissent de répartir leurs vacances plutôt que de partir deux ou trois semaines d’un coup. Cette façon de décrocher permet-elle vraiment de récupérer ?
Pendant que plusieurs de ses collègues réservent deux, voire trois semaines de vacances cet été, Jean-François Brien-Lessard, analyste de données de 38 ans dans le milieu bancaire à Québec, fait le choix inverse. Il préfère étaler ses congés au fil de l’année, ce qui lui permet de souffler plus souvent sans quitter longtemps le travail. Il déclare : « J’aime me faire de longs week-ends l’été au lieu de partir deux ou trois semaines comme mes collègues. Je préfère garder mes vacances pour la fin de l’année, un moment où je ressens plus de fatigue. »
Mais notre cerveau récupère-t-il de la même façon après trois jours qu’après deux semaines ? François Courcy, professeur au département de psychologie de l’Université de Sherbrooke, répond : « Les microvacances ont une utilité, mais ne permettent pas de se ressourcer. » Selon lui, quelques journées de congé font du bien, mais n’offrent pas les mêmes bénéfices qu’une véritable coupure. Il souligne que « la première semaine, tu décroches. Le vrai repos, le vrai ressourcement, c’est dans la deuxième semaine. »
Estelle Morin, professeure au département de management de HEC Montréal, indique qu’il n’existe pas de durée idéale de vacances, car cela dépend des différences individuelles et de l’intensité de l’effort fourni. Elle ajoute que répartir ses vacances sur l’année peut avoir des avantages : « Des semaines de travail de quatre jours ou trois jours de vacances permettent de récupérer rapidement. »
La tendance des microvacances s’explique également par un changement dans notre rapport au travail. François Courcy note que la connectivité est plus forte aujourd’hui, rendant plus facile le fait de rester disponible même en vacances. Émilie Genin, professeure à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal, observe que certaines personnes éprouvent du stress à l’idée de ne pas consulter leurs courriels pendant leurs vacances.
Pour Marion Martin, vendeuse à Montréal, les longues fins de semaine ne suffisent pas. Mère de trois enfants, elle attend avec impatience les vacances estivales, car elle a besoin de souffler après l’année scolaire. Elle affirme : « J’ai déjà pris des mini-pauses pendant l’été et pour moi, ça ne fonctionne pas. »
Enfin, François Courcy conclut que les vacances ne devraient pas servir uniquement à récupérer, mais aussi à célébrer et à faire des activités plaisantes. Cependant, il constate que les gens arrivent souvent fatigués en vacances.
Source : Article original de La Presse.
