Liquidation actée, usine bloquée et 275 emplois supprimés : ce que l’on sait de la chute de l’usine Fibre Excellence à Tarascon
Le tribunal de commerce de Toulouse a rejeté l’offre de reprise du banquier d’affaires Matthieu Pigasse pour le dernier fabricant français de pâte à papier, Fibre Excellence. Alors qu’un mince espoir de sursis se dessine pour l’unité de Saint-Gaudens, la liquidation judiciaire est actée pour l’usine de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône, provoquant la colère des salariés qui ont cadenassé tous les accès en réclamant l’aide de l’État.
Le couperet est tombé au tribunal de commerce de Toulouse, ce lundi 27 juillet. En rejetant l’offre de reprise, la justice a scellé le sort de Fibre Excellence. La liquidation judiciaire a été prononcée pour l’usine principale de Tarascon, plongeant des centaines d’ouvriers dans le désarroi et provoquant une onde de choc en Provence et en Camargue, où des milliers d’emplois indirects pourraient être impactés.
Sur le terrain, la colère a remplacé la résignation. Dès l’annonce de la décision, les salariés ont cadenassé tous les accès à l’usine. Le site est désormais un camp retranché où plus personne ne rentre, gardé par des ouvriers qui refusent de voir mourir leur outil de travail. Yohan Sifuentes, représentant du personnel, témoigne : « Ça fait douze ans que j’y travaille, c’est presque une deuxième famille. »
Les syndicats dénoncent l’abandon d’un savoir-faire historique, rappelant que cette usine familiale existe depuis soixante-dix ans et a vu se succéder plusieurs générations de travailleurs. Avec 270 employés directs, l’usine soutient également des sous-traitants, des transporteurs et des forestiers, mettant en péril près de 5 000 emplois indirects.
Pour les communes environnantes comme Beaucaire ou Arles, les conséquences s’annoncent désastreuses. Alexandre Ducouret, maire de Tarascon, se dit « catastrophé » par cette liquidation injuste. Il souligne que la fermeture de l’usine serait une catastrophe pour les commerces locaux et les finances communales, qui perdraient des recettes fiscales.
Un défi environnemental s’ajoute à cette crise sociale. Classée pour la protection de l’environnement, l’usine nécessite un démantèlement complexe et l’élimination de produits chimiques, dont le coût pourrait atteindre entre 150 et 200 millions d’euros. Pour les élus, laisser fermer l’usine constituerait un double gouffre financier pour l’État, qui devrait assumer le chômage des salariés tout en prenant en charge la dépollution.
Refusant le fait accompli, le maire prévoit de solliciter Emmanuel Macron pour une intervention d’urgence. « Cette usine ne peut pas fermer, c’est la plus grande de France », insiste-t-il. Le ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, a assuré que l’État sera aux côtés des salariés, mais le flou demeure quant à l’avenir de l’usine de Tarascon.
Les ouvriers, quant à eux, continuent d’occuper les lieux dans l’espoir d’une solution d’ici à la fin juillet.
Source : France 3 Régions
