« Le Roman Algérien est une œuvre en mouvement »
Katia Kameli présente son projet « Roman algérien » au festival d’Arles 2026, une œuvre qui s’inscrit dans une démarche de réécriture permanente de l’histoire à travers les images. Depuis le début de ce projet, elle interroge ce que les images révèlent et ce qu’elles cachent. Son premier film commence par le kiosque de la famille Azzoug à Alger, où se mêlent cartes postales coloniales, photographies de l’indépendance et images contemporaines. Ce lieu devient rapidement un laboratoire pour explorer le rapport des Algérien·ne·s avec l’image et leur histoire. Kameli déclare : « J’avais l’intuition que cette “installation” dans l’espace public pouvait permettre de mener une enquête sur le rapport que les Algérien·ne·s entretiennent avec l’image et leur histoire. »
Le montage joue un rôle crucial dans son travail. Chaque chapitre revisite les précédents, réintroduisant des séquences laissées de côté et offrant les images à d’autres interprétations. Dans son second volet, la philosophe Marie-José Mondzain commente des rushes écartés du premier film, soulignant la nécessité d’une relecture constante pour réactiver le sens de l’histoire. Kameli affirme que chez elle, une image n’est jamais définitivement interprétée, mais évolue au fil des regards.
Le projet a également été influencé par l’actualité politique, notamment avec l’émergence du Hirak, mouvement de manifestations contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika. Kameli explique que cette situation a modifié l’orientation de son film, qui s’intéresse désormais à l’histoire en cours de construction et aux images qui la constituent. L’œuvre devient ainsi une réflexion sur l’histoire comme matière vivante.
Construire l’Algérie de demain
Une question centrale se pose : comment raconter ce qui n’a pas été photographié ou qui a disparu ? Kameli souligne l’importance de traiter l’absence d’images pour comprendre une histoire complexe. Elle met en avant le travail de Louiza Ammi, l’une des rares photojournalistes à avoir documenté la décennie noire, et insiste sur la nécessité de revenir sur ces archives pour construire l’Algérie de demain, affirmant qu’aucun pays ne devrait se reconstruire en occultant son passé.
Les voix des historiennes, artistes et militantes rassemblées par Kameli ajoutent une profondeur à son projet. Elle cherche à rééquilibrer une écriture de l’histoire majoritairement patriarcale, en donnant la parole à celles qui ont été longtemps exclues. Elle note que « les femmes ne sont plus des ombres de cette histoire mais en deviennent les principales écrivaines ».
Dans le cadre du festival, l’installation de Kameli illustre cette polyphonie à travers une combinaison de films, projections et archives familiales, créant un espace de dialogue entre les générations. En mettant en relation Assia Djebar avec ses propres images et celles de sa descendance, Kameli rappelle que la mémoire est dynamique et en perpétuelle réécriture.
Source : Katia Kameli