Les cinémas de proximité cherchent leurs voies d’accès aux films
Depuis plusieurs mois, l’accès aux films en France soulève des enjeux cruciaux, exacerbés par la rétraction des plans de sortie et les médiatisations de conflits entre différents acteurs de l’exploitation. Une table ronde, organisée fin juin 2026 à La Rochelle par le Syndicat des Cinémas de Proximité, visait à faire de la pédagogie et à identifier des pistes pour préserver l’harmonie et la force du paysage cinématographique français.
Le sujet de l’accès aux films est « d’une actualité brûlante », comme l’a souligné le président du Syndicat, Jean Villa. Ce dernier cherche à « objectiver le mieux possible » la situation, notamment par le biais d’études comme celle présentée lors du Congrès de Deauville en septembre 2025. La discussion à La Rochelle a permis d’aborder les nuances des mécanismes en place, qui diffèrent entre Paris, les zones rurales et les villes de province.
Un modèle historique face aux réalités du terrain
L’ancien député et ministre Jean-Pierre Sueur a replacé le débat dans une perspective historique. Il a rappelé que les multiplexes représentent 57 % des entrées en France, alors qu’ils en affichent 90 % ailleurs. Le pays a un indice de fréquentation de 2,3 entrées par habitant, contre environ 1,1 en Allemagne ou en Italie. Cela résulte d’une politique publique qui a permis aux cinémas de proximité d’exister sur tout le territoire. Entre 2014 et 2024, près de 23 millions d’euros ont été alloués pour soutenir ces établissements. Toutefois, la difficulté d’accès aux films porteurs menace l’efficacité de cette politique.
Noémie Bourdiol, directrice du Lido de Saint-Maur-des-Fossés, a témoigné des répercussions concrètes des tensions actuelles. Elle a observé un refus croissant de sorties nationales pour des films d’art et d’essai, en raison de la pression exercée par certains distributeurs. Malgré une différence de tarif moyenne d’un euro avec les multiplexes voisins, elle a souligné que sa salle, située dans une ville de 57 500 habitants, fait face à des défis uniques.
Le vrai poids du marché
Malgré une reprise significative par rapport à d’autres territoires mondiaux, le marché français est en déclin. Rafael Maestro, président de la commission Petite exploitation à la FNCF, a noté que sur les 2 200 cinémas en France, 1 500 sont des établissements de un à trois écrans, réalisant moins de 80 000 entrées, mais représentant 18 % du public et 13 % des recettes. Le tarif moyen dans ces salles est de 7,40 €, contre 5,10 € dans les villes de moins de 10 000 habitants.
En outre, ces petites salles sont souvent en dessous du seuil de 100 000 entrées annuelles, ce qui les empêche d’être considérées comme faisant partie du marché face aux distributeurs. Maestro a également souligné la nécessité de construire de nouveaux critères d’accès, qui dépassent le simple nombre de séances.
Pour une diffusion sur-me et un dialogue réactivé
Hugues Quattrone, représentant des distributeurs indépendants, a insisté sur le fait que seule une minorité de leurs titres rencontrent des difficultés d’accès. Il a plaidé pour que les conditions d’exposition soient proportionnelles à la taille des établissements et tiennent compte de la concurrence locale.
Nadège Lauzzana, présidente de l’ADRC, a exprimé son inquiétude quant à la fragmentation des discussions entre les différents acteurs de la filière. Elle a souligné la nécessité d’un dialogue renforcé et d’une volonté politique constante pour améliorer la situation.
Le secteur ne manque pas d’outils pour réguler l’accès aux films, mais un sentiment de stagnation persiste. La pétition lancée par le Syndicat des cinémas de proximité, qui a rassemblé 50 000 signatures, témoigne de l’urgence d’une action collective. Jean-Pierre Sueur a suggéré un prix unique du cinéma, similaire à la loi Lang sur le livre, afin de défendre le droit d’accès du public à tous les films.
Source : Boxoffice Pro, 22 juillet 2026
