Après la Hongrie, l'Arménie: comment l'influence de Vladimir Poutine en Europe est en train de fondre

Après la Hongrie, l’Arménie : l’influence de Vladimir Poutine en Europe s’effrite

La victoire nette de Nikol Pachinian, dirigeant arménien pro-occidental, lors des élections législatives du 7 juin 2023, représente un tournant politique majeur. Ce scrutin, le plus significatif depuis l’indépendance de l’Arménie en 1991, dépasse le cadre national : il illustre également l’érosion de l’influence russe sur la scène internationale, particulièrement depuis l’invasion de l’Ukraine.

Ce vote a agi comme un référendum sur deux enjeux cruciaux : le processus de paix avec l’Azerbaïdjan et le rapprochement avec l’Europe et les États-Unis, tout en maintenant une certaine relation avec Moscou. Malgré les tentatives du Kremlin pour influencer le résultat – par le biais de restrictions commerciales, de menaces d’intervention et de campagnes de désinformation – les électeurs arméniens ont clairement rejeté l’option prorusse.

La guerre menée par Vladimir Poutine en Ukraine, censée restaurer la puissance impériale de la Russie, a eu l’effet inverse. Moscou voit son influence reculer dans plusieurs régions du monde, l’Ukraine devenant un adversaire irréconciliable et des alliés traditionnels, comme la Syrie ou le Venezuela, s’éloignant. Même dans des zones historiquement proches, telles que l’Afrique ou l’Asie centrale, la Russie doit composer avec des partenaires de plus en plus autonomes.

Dans le Caucase du Sud, cette perte d’influence est particulièrement marquée. L’Arménie, longtemps considérée comme un satellite de Moscou, a subi deux défaites militaires face à l’Azerbaïdjan dans le conflit du Haut-Karabakh. En 2023, Bakou a repris le contrôle total de l’enclave, entraînant l’exode de plus de 100 000 Arméniens. Malgré ses engagements de sécurité, la Russie n’est pas intervenue, ce que beaucoup d’Arméniens interprètent comme une trahison.

La résolution de ce conflit ouvre la voie à une transformation politique. Nikol Pachinian tente de tirer parti de cette défaite en misant sur la paix, la reconnaissance des frontières et l’ouverture économique, y compris avec la Turquie – une orientation validée par ses électeurs. Cependant, la situation demeure fragile, le gouvernement ne disposant pas d’une majorité suffisante pour modifier la Constitution, notamment sur la question sensible du Haut-Karabakh.

La Russie conserve des moyens de pression significatifs. Elle pourrait durcir ses mes économiques, comme l’augmentation des prix du gaz ou l’imposition d’un embargo commercial. Sa présence militaire en Arménie et son contrôle sur certaines infrastructures stratégiques lui offrent encore des leviers d’influence.

Dans ce contexte, l’implication des États-Unis et de l’Union européenne apparaît essentielle. Washington a déjà contribué à un accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan et soutient des projets d’infrastructures régionales visant à renforcer l’intégration économique. De son côté, l’Union européenne pourrait faciliter les déplacements des citoyens arméniens et intensifier ses investissements.

L’Arménie se trouve à un carrefour historique, entre une dépendance de plus en plus complexe à la Russie et un avenir plus ouvert. Les Européens – et dans une moindre me les Américains – pourraient offrir à Erevan une opportunité rare de consolider sa souveraineté et sa démocratie, en tournant enfin le dos à Vladimir Poutine.

Source : Slate

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