Sri Lanka : road-trip architectural (3/6)

Road-Trip Architectural au Sri Lanka : Sur les traces de Geoffrey Bawa

Né en 1919 dans la Ceylan britannique, Geoffrey Bawa ne se destine pas au métier d’architecte. Après des études de droit à Cambridge, il débute comme avocat avant de renoncer à cette voie. En 1947, il reprend une ancienne plantation de caoutchouc sur la côte ouest du Sri Lanka, projet qui le pousse à reprendre des études d’architecture à l’Architectural Association de Londres. À presque 40 ans, il s’installe comme architecte à Colombo, redessinant progressivement le paysage sri-lankais.

Sur les traces de Geoffrey Bawa

À Colombo, sa maison – Number 11 – constitue une première clé de lecture. En réunissant plusieurs habitations mitoyennes, Bawa compose un labyrinthe de cours, de bassins, d’escaliers étroits et de pièces ouvertes sur le ciel. Les circulations ne sont pas linéaires, et l’intérieur se confond avec l’extérieur. D’abord marqué par le modernisme européen, il évolue vers des toitures débordantes et des systèmes de ventilation naturelle, en réponse au climat humide.

Lunuganga, sa propriété à Bentota, représente le cœur de son œuvre. Ouverte au public, elle est un jardin-manifeste, façonné pendant plus de quarante ans comme un laboratoire. Les bungalows, devenus chambres d’hôtes, ont servi d’expérimentation avec des matériaux simples comme le béton, la pierre et le bois. Bawa a remodelé le terrain, creusant un étang en forme d’ailes de papillon et plantant des frangipaniers pour cadrer les perspectives vers le lac.

Chaque ouverture cadre un fragment de paysage, et les anecdotes du guide, ancien compagnon de Bawa, ajoutent une dimension personnelle à la visite. L’architecte avait des postes d’observation où il se détendait en contemplant la vue, signalant sa position par le son de quatorze cloches disséminées dans le domaine.

L’art de disparaître dans le paysage sri-lankais

Dès les années 1970, le carnet de commandes de Bawa s’étoffe. Il conçoit des hôtels, écoles et bâtiments administratifs, adaptant ses principes au contexte local. Le Parlement de Kotte, achevé en 1982, se dresse sur une île artificielle, combinant une toiture cuivrée inspirée des temples anciens avec de vastes espaces ouverts sur l’eau.

L’hôtel Kandalama, achevé en 1995 près du rocher du Lion à Sigiriya, marque un changement d’échelle. S’étirant sur la falaise, il se fond dans la végétation et la topographie environnantes. À Galle et dans d’autres projets côtiers, Bawa intègre des éléments traditionnels tout en évitant l’ostentation, travaillant en harmonie avec la lumière et la nature.

Dans les années 1960, son travail est associé au modernisme tropical, une architecture qui allie principes modernistes et adaptation climatique. Bawa, cependant, se méfiait des étiquettes, estimant que l’architecture devait s’éprouver physiquement. Son œuvre a profondément marqué l’Asie du Sud-Est et continue d’influencer la réflexion sur l’habitat tropical.

En quittant Lunuganga, il devient évident que ce jardin n’est pas une étape isolée, mais le fil conducteur d’une exploration à travers l’histoire et le paysage sri-lankais, attentif aux circulations lentes et à l’harmonie avec l’environnement.

Source : Courrier International

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