Ils sont 12 en France et créent des millions d’œuvres à 1,52 € : qui sont les derniers graveurs de timbres ?
Héritiers des orfèvres de la Renaissance, les graveurs de timbres en taille-douce forment l’une des communautés d’artisans les plus restreintes et fécondes. Chaque année, ils produisent des millions d’œuvres originales, vendues à 1,52 € pièce dans les bureaux de poste. Avec burin en main et sous loupe binoculaire, ces artisans sculptent l’acier pour donner vie à chaque nouvelle Marianne, à des éditions commémoratives, et même à des timbres olfactifs. Le musée de La Poste à Paris célèbre cette profession d’exception jusqu’au 12 octobre dans une exposition dédiée aux acteurs de la chaîne philatélique.
Un burin, de l’acier et des semaines de patience : comment naît un timbre gravé
La technique de la taille-douce, héritée des orfèvres du XVème siècle, consiste à graver à la main un poinçon en acier de la taille exacte du timbre. Le burin, une lame d’acier taillée en pointe, creuse des traits d’une finesse invisible à l’œil. Le processus, qui se déroule à l’échelle 1, nécessite une à trois semaines selon la complexité du sujet. Une fois le poinçon achevé, il est scanné en 3D et reporté par laser sur le cylindre d’impression, marquant ainsi la seule concession au numérique. Au début des années 2000, La Poste avait envisagé d’abandonner ce savoir-faire au profit de procédés photochimiques automatisés. Pierre Albuisson, figure emblématique de la profession, a alors fondé l’association Art du Timbre Gravé, permettant de préserver ce geste artisanal. En novembre 2023, l’inscription à l’Inventaire national du Patrimoine culturel immatériel a officialisé cette reconnaissance.
L’acte fondateur de la taille-douce philatélique
L’histoire de la taille-douce philatélique commence avec Henry Cheffer. En 1927, ce Prix de Rome de gravure, cousin germain d’Auguste Rodin, reçoit une commande fondatrice de l’administration des Postes pour représenter le pont du Gard. Cette interprétation, mettant en lumière les arches tout en gardant les rives dans l’ombre, est d’une efficacité visuelle saisissante. Grâce à sa finesse de trait et sa résistance à la falsification, la technique de la taille-douce a fini par représenter 80 % de la production philatélique au XXème siècle.
Aujourd’hui, Philaposte coordonne un programme annuel de soixante émissions décidées deux ans à l’avance, réparties entre les graveurs selon leurs spécialités (portraits, paysages, architecture). La taille-douce est désormais réservée principalement aux projets commémoratifs et à la version de la Marianne émise à chaque mandat présidentiel, représentant environ 40 % de la production actuelle.
Un artisanat rare au rayonnement mondial
Actuellement, douze graveurs de timbres en taille-douce sont actifs en France, dont cinq femmes, comme Sophie Beaujard, qui a été initiée au métier par son père. Les savoir-faire et les outils se transmettent d’atelier en atelier. Pierre Bara, graveur à l’imprimerie des timbres-poste à Boulazac, explique que la France produit entre 200 000 et 300 000 exemplaires par timbre, tandis que pour le Japon, les tirages peuvent atteindre 10 à 11 millions d’exemplaires.
La Chine, où le graveur suédois Martin Mörk a transmis la technique, pourrait bientôt rejoindre la France et la République tchèque dans un projet de reconnaissance internationale, alors que d’autres pays comme la Norvège ou le Danemark ont abandonné cette méthode de production de timbres-poste.
Source : Connaissance des Arts.