À Nice, perquisition dans les coulisses du carnaval : ce que l’on sait de l’enquête

À Nice, la halle Spada, base arrière du carnaval, a été perquisitionnée ce mercredi 22 juillet 2026. Cette opération s’inscrit dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte en 2024, visant à éclaircir de possibles irrégularités dans l’attribution de marchés publics liés à la fabrication des chars du carnaval.

Chaque année, le carnaval de Nice, qui se tient en février, mobilise plus d’une vingtaine de chars et une multitude de grosses têtes, toutes créées dans deux ateliers : la Maison du Carnaval et la halle Spada. C’est cette dernière, située 22 bis avenue Denis Semeria, qui a attiré l’attention des enquêteurs. Gilles Povigna, représentant d’une des quatre familles de carnavaliers, a déclaré : « On leur a montré nos ordinateurs, nos ateliers. Ils ont pris certains documents, plutôt des fichiers clients que de la comptabilité. »

L’enquête, confiée au service interrégional de police judiciaire et à la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), se concentre sur les conditions d’attribution des marchés publics à partir de 2022. À la suite de l’édition du carnaval de cette année-là, les quatre familles historiques de carnavaliers se sont regroupées pour répondre aux appels d’offres. Gilles Povigna a affirmé : « C’est une entente licite. On répond en groupement à un appel d’offres, on répond à tous les lots. La loi nous permet de le faire, je ne vois pas où est le problème. »

Cependant, cette méthode a suscité des réserves. Jean-Christophe Picard, ancien conseiller municipal d’opposition, a exprimé ses inquiétudes lors de son mandat à la commission des appels d’offres, affirmant que « pour l’argent public, il faut une mise en concurrence, ce sont des règles européennes ». Il a souligné que la transparence et l’égalité entre les candidats doivent être respectées.

En 2022, une autre entreprise, Insolit Créations, a remporté environ un tiers des marchés. Oriane Goncalves, ancienne membre de l’équipe de carnaval, a rapporté des tensions dans les ateliers, indiquant que les carnavaliers en place agissaient comme s’ils avaient la mainmise sur les locaux, ce qui a entravé la création des chars dans les délais impartis.

À partir de 2023, seules les familles historiques ont été retenues lors des appels d’offres, excluant Insolit Créations. De plus, jusqu’à 2022, chaque entreprise lauréate signait une « convention de box » avec la ville, lui accordant un accès limité aux entrepôts de la Maison du Carnaval, sans mention d’accès à la halle Spada.

L’enquête s’intéresse également à la mise à disposition gratuite des locaux de 15 000 m² par la ville, un avantage qui pourrait constituer un acte de « concussion ».

Cette affaire soulève des questions sur la transparence des marchés publics et l’équité dans la compétition, alors que le carnaval de Nice, le plus grand de France, se prépare pour sa prochaine édition, prévue du 11 février au 1er mars 2026.

Source : ICI Côte d’Azur

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