L’UNESCO sonne l’alarme : L’aide internationale à l’éducation réduite dans l’ombre des dépenses militaires
C’est un combat à armes inégales. Dans plusieurs pays occidentaux, l’OTAN a bien plus la cote que l’UNESCO, et l’une des premières victimes de la révision des priorités budgétaires en cette ère de remilitarisation pourrait être l’aide internationale en éducation.
L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) souligne que, en seulement 37 heures, les dépenses militaires mondiales égalent l’ensemble de l’aide internationale versée pour l’éducation pendant une année, selon des données de 2025. Ce recul du financement est attribué aux « pressions budgétaires exercées dans les pays à revenu élevé et à un environnement géopolitique en évolution », indique l’agence dans un document de politique publié à la mi-juillet. La tendance à l’austérité humanitaire risque de s’accentuer.
L’UNESCO précise que, alors que les estimations précédentes prévoyaient une baisse de 25 % de l’aide à l’éducation d’ici 2027, des données récentes indiquent que cette réduction pourrait atteindre 30 %, à un rythme plus rapide que prévu. Parallèlement, les pays membres de l’OTAN, souvent de grands donateurs, sont engagés dans une course à l’approvisionnement militaire, ce qui soulève des inquiétudes quant à ce changement de priorités.
Au Canada, par exemple, le premier ministre Mark Carney a récemment alloué des fonds pour l’achat d’équipements militaires, dans le cadre d’un engagement à atteindre 5 % du PIB pour les dépenses de défense d’ici 2025, comme stipulé par l’OTAN. Pendant ce temps, l’aide internationale a été réduite de 38 %, selon l’UNESCO.
Les coupes budgétaires touchent également des pays européens tels que l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Ce dernier a annoncé des compressions importantes dans le budget de l’aide internationale pour financer la hausse des dépenses en défense, réduisant la part du PIB destinée à l’assistance au développement de 0,5 % à 0,3 %, bien en deçà de l’objectif onusien de 0,7 %.
Peu de pays atteignent cet objectif de 0,7 %. Pour 2025, le Canada est estimé à 0,32 %, derrière des pays comme la Norvège (1,03 %) et la Suède (0,85 %), mais devant les États-Unis (0,09 %). Malgré cela, le Canada figure parmi les 15 plus grands donateurs en matière d’aide à l’éducation. Toutefois, le retrait de ces financements par des pays qui représentent 80 % à 90 % de l’aide totale pourrait avoir des conséquences « catastrophiques » pour les pays pauvres, politiquement instables ou en conflit.
L’UNESCO souligne également que, dans les pays les plus pauvres, les remboursements de dettes sont près de quatre fois supérieurs aux dépenses d’éducation. Au total, 113 pays, représentant 6,1 milliards de personnes, consacrent plus de ressources au service de leur dette qu’à leur système éducatif. L’éducation est souvent négligée car ses bénéfices ne sont pas immédiatement tangibles, alors qu’elle est pourtant « l’investissement le plus rentable à long terme pour le développement économique et humain d’un pays ».
Les nations les plus vulnérables, comme l’Afghanistan, le Mali ou le Niger, sont particulièrement affectées par cette situation.
Source : UNESCO.
