Quels sont les risques pour la santé des fumées générées par les incendies, et comment s’en protéger ?
Alors que les incendies progressent en France, les panaches de fumée se propagent bien au-delà des zones touchées. Et leurs effets dépassent largement les irritations respiratoires.
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Depuis plusieurs semaines, les feux de forêt se multiplient dans l’Hexagone. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé, samedi 25 juillet, que près de « 98 000 hectares avaient déjà brûlé » depuis le début de l’année, soit un « record historique ». A eux seuls, les incendies toujours en cours en Gironde représentent près d’un tiers de cette surface, avec environ 32 700 hectares parcourus par les flammes.
Au-delà des dégâts matériels et environnementaux, ces incendies soulèvent une autre inquiétude : celle de leurs fumées. Transportées par les vents, les particules peuvent parcourir plusieurs centaines de kilomètres et dégrader la qualité de l’air bien au-delà des zones sinistrées. Les mégafeux des Landes de 2022 avaient ainsi affecté la qualité de l’air jusqu’aux Yvelines, tandis que les incendies canadiens de 2024 avaient provoqué une pollution atmosphérique mesurable jusque sur le continent européen, rappelle l’Organisation météorologique mondiale.
Lundi, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié une expertise consacrée aux conséquences sanitaires des fumées de feux de végétation. L’agence y dresse un état des connaissances sur leurs effets, appelés à devenir un enjeu croissant avec l’intensification des épisodes de sécheresse et des vagues de chaleur.
Les fumées d’incendie ne sont pas composées uniquement de cendres. Elles contiennent un mélange complexe de gaz et de substances chimiques, parmi lesquels le monoxyde de carbone, le dioxyde de carbone, le benzène, le formaldéhyde, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ou encore des métaux lourds. Cependant, les particules fines constituent le principal sujet de préoccupation. Selon l’Anses, « environ 80% des particules émises par les feux de végétation sont des particules fines », dont la majorité me moins d’un micron de diamètre. Leur très petite taille leur permet de pénétrer profondément dans les voies respiratoires avant de passer, pour certaines, dans la circulation sanguine.
A court terme, leur inhalation peut provoquer des irritations des yeux, du nez ou de la gorge, une toux persistante, une gêne respiratoire ou encore une aggravation de maladies comme l’asthme. L’Anses souligne également une augmentation des recours aux urgences et des hospitalisations lors des épisodes de forte exposition aux fumées. Les données scientifiques recensées par l’Anses « suggèrent » également des effets sur la santé « cardiovasculaire », avec un risque accru d' »hypertension », de troubles du rythme cardiaque ou d’autres maladies cardiaques.
Certaines catégories de population sont particulièrement vulnérables. L’agence cite notamment « les nourrissons, les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, les personnes souffrant de maladies respiratoires ou cardiovasculaires, les diabétiques ainsi que les personnes immunodéprimées ». Les personnes en situation de « précarité socio-économique » sont également davantage exposées, notamment en raison de logements moins protecteurs ou d’un accès plus difficile aux équipements de protection.
Les pompiers figurent eux aussi parmi les populations les plus à risque. Au-delà de leur exposition directe lors des interventions, ils restent en contact avec les fumées lors des opérations de surveillance, de déblaiement ou même après leur retour en caserne, via les équipements contaminés par les suies. Le stress thermique, la fatigue, la déshydratation et l’intensité physique des interventions augmentent encore leur vulnérabilité.
Pour limiter les risques, l’Anses recommande aux personnes situées dans les zones touchées par les fumées de réduire leurs déplacements et le temps passé à l’extérieur, de maintenir les portes et fenêtres fermées autant que possible et d’éviter les activités physiques en plein air. L’agence conseille également d' »arrêter » temporairement « les ventilations mécaniques contrôlées (VMC) » durant les épisodes de fumées et de limiter les sources de pollution à l’intérieur des logements, comme les bougies ou l’encens.
Pour les personnes les plus « sensibles », l’Anses recommande le « port d’un masque filtrant de type FFP2 » en cas d’exposition directe aux fumées. Une recommandation reprise par le gouvernement. Dans un message publié sur X, le Premier ministre a annoncé que « 1,5 million de masques FFP2 seraient acheminés dès cette nuit vers la Gironde afin de protéger les personnels engagés et les populations exposées aux fumées nocives pour la santé ».
Le dispositif doit encore être renforcé : le directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine, Benoît Elleboode, a précisé samedi qu' »un million de masques supplémentaires devaient être envoyés depuis la région Occitanie ». En cas d’apparition de symptômes respiratoires ou d’une gêne importante, l’Anses invite enfin à consulter un médecin ou, si nécessaire, à contacter les services d’urgence.
Source : Franceinfo
