Le télétravail freine-t-il votre carrière ?
Depuis la généralisation du télétravail après la pandémie de Covid-19, l’idée que travailler à distance est devenu un droit acquis s’est répandue. Cependant, ce phénomène semble être en train de s’inverser, avec de nombreuses entreprises qui réduisent le nombre de jours de télétravail autorisés. Ces organisations estiment que la présence au bureau favorise la collaboration et l’engagement des employés.
Laetitia Vitaud, autrice de L’atout âge et consultante spécialisée dans les mutations du travail, souligne que le télétravail n’a pas les mêmes conséquences pour tous les salariés. Elle affirme que « le télétravail a tendance à pénaliser les femmes du point de vue de l’avancement de leur carrière, plus qu’il ne pénalise les hommes dans la même situation ».
Être moins visible peut coûter une promotion
Cette disparité s’explique par la perception différente du télétravail selon le sexe. Lorsqu’une femme demande à travailler davantage à domicile, cela est souvent associé à des responsabilités familiales, comme la garde d’enfants. En revanche, le télétravail d’un homme est généralement perçu comme un signe d’autonomie et de responsabilité. Vitaud résume cette situation en affirmant que « le télétravail féminin est souvent vu comme un cadeau, comme une faveur accordée par l’entreprise ».
Les salariés moins présents physiquement participent également moins aux échanges informels, qui sont cruciaux pour établir des relations de confiance et saisir des opportunités d’évolution. Vitaud note que ce phénomène rappelle celui observé avec le temps partiel, où les femmes sont souvent considérées comme moins disponibles ou moins ambitieuses, même si leur charge de travail reste identique.
Supprimer le télétravail n’est pas non plus la solution
La question se pose alors de savoir s’il faut revenir à un modèle de travail entièrement présentiel. Laetitia Vitaud s’oppose à cette idée, notant que les entreprises américaines qui ont imposé un retour massif au présentiel ont vu partir une partie de leurs salariées. Beaucoup de ces femmes avaient réorganisé leur vie familiale et leur lieu de résidence autour de deux ou trois jours de télétravail par semaine. Vitaud observe que « la conséquence immédiate, c’est le retrait du monde du travail d’un grand nombre de femmes ».
L’enjeu dépasse donc la seule question du télétravail. Selon Vitaud, c’est la culture managériale qui doit évoluer. Tant que la progression de carrière restera largement liée à la présence physique et aux échanges informels, ceux qui télétravaillent régulièrement partiront avec un handicap. Elle conseille de ne pas considérer le télétravail comme une faveur individuelle, mais plutôt de défendre des règles communes pour toute l’équipe, afin de le faire reconnaître comme un mode normal d’organisation du travail.
Source : Capital
