Dans le système touristique mondialisé, la marge de manœuvre se trouve au niveau local
Pendant la crise du Covid, l’idée d’un tourisme plus local et respectueux de l’environnement avait émergé. Toutefois, dès 2024, le trafic aérien a atteint des niveaux record, transportant 4,89 milliards de passagers-kilomètres, dépassant les chiffres de 2019.
Rémy Knafou, géographe et professeur émérite à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, met en lumière ces évolutions dans son ouvrage Hypertourisme. Le tourisme à l’épreuve de sa déme (Editions du Faubourg, 2026). Dans ce livre, il aborde la notion d’« hypertourisme », qu’il définit comme une transformation fondamentale du système touristique mondialisé, où les acteurs sont en concurrence à l’échelle mondiale.
Knafou souligne que cette dynamique est alimentée par des facteurs tels que l’augmentation de la population mondiale, l’élévation du niveau de vie dans les pays densément peuplés et l’accès croissant à des offres de consommation. Il note que les données sur le tourisme national, qui représente une part significative des déplacements, sont souvent manquantes. En effet, les plus grands effectifs de touristes nationaux proviennent de la Chine, de l’Inde et des États-Unis.
En matière de tourisme international, la Chine est le premier émetteur mondial avec environ 155 millions de voyageurs. Les flux Nord-Nord dominent actuellement, mais les flux Sud-Nord et Sud-Sud sont en forte croissance.
Knafou évoque également les problèmes de discrimination économique et sociale liés au tourisme, notamment l’impact sur les prix des logements et les commerces locaux, qui souffrent de la concurrence des touristes. En France, environ 40 % de la population ne part pas en vacances, souvent pour des raisons financières.
Concernant le tourisme durable, Knafou critique son appropriation par l’hypertourisme, notant que les initiatives souvent coûteuses ne profitent qu’à une élite. Malgré cela, il existe des alternatives accessibles, comme le tourisme de proximité, qui bénéficie d’une infrastructure abordable en France.
L’étalement du tourisme est souvent présenté comme une solution, mais Knafou met en garde contre les risques d’une surfréquentation dans des zones préservées. Il souligne également que le surtourisme peut créer des tensions dans les communautés locales, exacerbées par un manque d’écoute des autorités.
Enfin, il appelle à une volonté politique pour réguler le secteur, notamment par des taxes sur le tourisme et des incitations financières pour les territoires qui choisissent de stabiliser leur capacité d’accueil. Selon lui, la solution réside au niveau local, où les acteurs doivent parvenir à un équilibre entre exploitation touristique et préservation des ressources.
Source : Hypertourisme. Le tourisme à l’épreuve de sa déme, Rémy Knafou, Editions du Faubourg, 2026.
