Des chiens ont-ils été maltraités lors de formations d’agent de sécurité ? Une association dénonce une “violence inouïe”, le centre se défend
Une association de protection animale a déposé plainte contre un centre de formation d’agents de sécurité cynophile situé à Maltot, dans le Calvados. Le centre, de son côté, réfute ces accusations de maltraitance envers les chiens.
« On a reçu de nombreux témoignages de scènes de violence inouïes », explique Louis Skrzyszowski, enquêteur au sein de l’association Futur, dans une vidéo publiée sur Instagram. Les incidents se seraient produits dans les locaux de la Maison familiale rurale (MFR) de Maltot, lors de la formation des futurs agents cynophiles de prévention et de sécurité. Les accusations portent sur des coups portés aux chiens par les stagiaires, souvent sans réaction de la part des formateurs, ainsi que sur l’utilisation de colliers étrangleurs, interdits par la loi. L’association Futur a donc décidé de porter plainte contre X auprès du tribunal judiciaire de Caen, accompagnée de plusieurs témoignages de stagiaires.
Un ancien stagiaire, qui souhaite rester anonyme, témoigne d’une scène particulièrement choquante : « Lors d’une session de formation, un chien a mordu son maître. Le maître, un stagiaire, l’a alors soulevé et lancé par terre avant de lui mettre des coups de poing dans la tête. J’ai clairement vu la scène, j’ai couru pour intervenir. Le chien était inerte à terre, les yeux révulsés, il ne bougeait plus. » Selon ce témoin, les formateurs n’ont pas intervenu.
La directrice de la MFR, Stéphanie Ozenne, a été informée de la situation et affirme avoir reçu le stagiaire et le formateur concerné. Elle présente une version des faits moins alarmiste, indiquant que les témoins auraient mal interprété la scène, « car ils étaient trop éloignés pour voir correctement ». Selon elle, le stagiaire aurait simplement projeté son chien au sol pour se défaire d’une mor, et elle a donné un avertissement au stagiaire, lui prescrivant des cours particuliers.
Outre cet incident, le témoin anonyme évoque un climat de violence constant, tant de la part des stagiaires que dans les enseignements où l’idée de « dominer son chien » serait prévalente. L’utilisation de colliers étrangleurs est également dénoncée. Depuis un arrêté du 19 juin 2025, l’utilisation de colliers coercitifs est interdite pour tous les professionnels.
Le témoin a fourni des vidéos, dont certaines sont diffusées sur Instagram, montrant des chiens en formation à la MFR portant ces colliers. En réponse, la directrice déclare : « C’est faux, on ne voit pas de collier torquatus sur ces vidéos. On n’en utilise pas, c’est interdit. »
Selon Stéphanie Ozenne, « il n’y a eu qu’un seul évènement au cours de cette formation et il a été sanctionné. Le reste des accusations est faux. Cela fait 20 ans que l’on donne cette formation d’agent de sécurité cynophile, avec des professionnels reconnus. Ces accusations nuisent à l’image du métier. »
L’affaire ne semble pas isolée. L’association Futur dénonce une violence « systémique » dans environ la moitié des centres de formation d’agents cynophiles en France. Elle a interpellé à plusieurs reprises les élus et le gouvernement et a rédigé une lettre ouverte ayant recueilli près de 20 000 signatures. Les dérives dénoncées incluent l’enfermement des chiens dans des cages pendant de longues heures et des temps de promenade insuffisants, des comportements qu’elle attribue à un vide juridique concernant le traitement des chiens dans les activités privées de sécurité.
Le tribunal de Caen est désormais saisi de cette affaire et devra déterminer s’il y a eu des cas de maltraitance de chiens dans le cadre des formations dispensées à la MFR de Maltot.
Source : France 3 Régions