Inde : le « Parti des cafards » maintient la pression
Un mouvement de protestation dirigé par des jeunes, connu sous le nom de « Cockroach Janta Party » (CJP, Parti du peuple des cafards), commence à rallier des soutiens au-delà de la capitale indienne. Cette dynamique intervient après que, début de semaine, des dizaines de milliers de jeunes manifestants ont marché vers le Parlement à New Delhi.
Le mouvement des « Cafards » a émergé en mai, suite à des propos du président de la Cour suprême de l’Inde, Surya Kant, qui a qualifié les jeunes chômeurs de « cafards ». Cette appellation a été réappropriée par les jeunes, devenant un symbole de leur colère face aux défaillances du système éducatif et à l’ampleur du chômage des jeunes en Inde.
Les manifestations exercent une pression accrue sur le Bharatiya Janata Party (BJP), le parti nationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi. Des rassemblements de solidarité se multiplient dans plusieurs régions du pays, témoignant d’un soutien croissant au mouvement.
Le BJP prend le mouvement au sérieux
Le mécontentement a été exacerbé par un scandale lié à un concours d’entrée universitaire, où des fuites de sujets d’examen ont été révélées en mai. Ce scandale a ravivé des frustrations concernant les privilèges dont bénéficieraient certains étudiants. Initialement considéré comme un simple phénomène des réseaux sociaux, le mouvement a pris de l’ampleur, notamment après la grève de la faim de trois semaines d’un militant, Sonam Wangchuk, et la répression des manifestations devant le Parlement.
Des images de gaz lacrymogènes et d’étudiants blessés se sont répandues en ligne, suscitant des rassemblements de soutien à travers le pays. Les manifestants demandent notamment la démission du ministre de l’Éducation, Dharmendra Pradhan, qui a promis « des réponses, des réformes et une véritable responsabilité ».
Le principal chef de l’opposition, Rahul Gandhi, a exprimé son soutien aux revendications des étudiants, y compris la démission du ministre et des excuses de Narendra Modi.
Les « Cafards » attirent l’attention nationale
Bien que New Delhi soit le centre névralgique du mouvement, des manifestations ont également eu lieu dans d’autres États, notamment au Maharashtra, devenu un bastion du CJP. À Mumbai, la police a imposé des restrictions sur les rassemblements publics jusqu’au 6 août après plusieurs manifestations de soutien.
Des organisations de la société civile et des militants locaux soutiennent également le mouvement. M. Sivaprasad, président de la Fédération des étudiants de l’Inde dans l’État du Kerala, a déclaré que les préoccupations soulevées par le CJP, telles que les fuites d’examens et le chômage, sont des enjeux cruciaux pour les jeunes.
Un mouvement appelé à durer ?
Le porte-parole du BJP, Tom Vadakkan, a minimisé la possibilité que le CJP devienne rapidement une force politique nationale, soulignant les divisions entre villes et campagnes. Cependant, le politologue Gilles Verniers de Sciences Po Paris note que les revendications du mouvement ont un potentiel d’élargissement.
Le principal défi du CJP réside désormais dans sa capacité à transformer cet élan de solidarité en une organisation durable, tout en maintenant la mobilisation et en convainquant les jeunes de l’ensemble du pays que ses revendications les concernent.
Source : DW
